Le Garment District, le poumon du textile new-yorkais, lutte pour sa survie

Le Garment District, le poumon du textile new-yorkais, lutte pour sa survie.
Le Garment District, le poumon du textile new-yorkais, lutte pour sa survie. - © TIMOTHY A. CLARY/AFP

Au milieu du ronronnement des machines à coudre et des vapeurs des fers à repasser, plusieurs milliers d'ouvriers - dont beaucoup d'immigrés asiatiques et latinos - s'affairent dans le "Garment District", le quartier traditionnel de la confection à Manhattan.

Au bord de l'asphyxie

Mais leurs ateliers et leurs emplois sont menacés. Depuis son heure de gloire dans les années 50, où plusieurs centaines de milliers de personnes y étaient employées, ce quartier autrefois emblématique de l'économie new-yorkaise, tout proche de Times Square, a perdu 95% de sa main-d’œuvre.

L'explosion des loyers et la délocalisation de la production textile à l'étranger sont les raisons principales de son agonie.

Délocalisation pas tant vers la Chine que vers Paris, Milan ou Londres, dont les pôles de haute couture sont portés par des semaines de la mode plus prestigieuses que la semaine new-yorkaise, et des aides gouvernementales.

Pour l'instant, quelque 400 entreprises de confection, magasins de tissus ou merceries, familiales pour la plupart, se maintiennent encore dans le quartier, employant quelque 5.000 personnes.

Moteur économique et ancrage culturel

Pourtant, le quartier offre encore un écosystème difficile à égaler: "Comme styliste, on peut se réveiller le matin, imaginer un vêtement et en 24h, on a choisi le tissu, réalisé le patron, choisi le fil, les boutons, on a un modèle et un studio photo pour le promouvoir, tout ça au même endroit", souligne Yshai Yudekovitz.

Son magasin, autrefois surtout fréquenté par les stylistes, travaille aujourd'hui principalement pour les théâtres, le cinéma et les plateformes de streaming comme Netflix et Amazon.

Pour Gale Brewer, qui dirige le district de Manhattan, sauver le quartier est essentiel pour préserver des milliers d'emplois et un savoir-faire précieux.

Le défi est d'éviter que ces ateliers et commerces ne cèdent la place à des sociétés de high-tech ou d'autres secteurs, assez riches pour absorber la hausse des loyers. Pour Corey Johnson, président du conseil municipal de New York, le quartier est "encore une partie importante de ce que nous sommes comme ville et de ce que nous serons encore, j'espère, pendant des années".

L'impuissance des autorités

La mairie s'est attiré les foudres du quartier lorsqu'elle a éliminé, en 2018, les règles de zonage qui protégeaient l'industrie textile, et a investi des millions dans un nouveau "campus" de la confection à Brooklyn.

Mais pour Gabrielle Ferrara, qui investit dans la technologie 3D pour généraliser le sur mesure et sauver son entreprise, toutes ces aides tardent à produire leurs effets.

"Je ne pense pas que ces mesures arrêteront l'hémorragie du quartier", dit-elle.

Gale Brewer et Corey Johnson ont contre-attaqué en demandant des réductions d'impôt pour ceux qui louent des locaux liés à la mode, et obtenu des fonds destinés à acheter un bâtiment pour accueillir des entreprises du secteur, qui reste encore à trouver...