La seconde main, un bon plan pour les jeunes consommateurs (et l'environnement)

La place de marché Etsy vient de débourser 1,6 milliard de dollars pour racheter l'application britannique spécialisée dans la seconde main Depop, qui concentre une majorité d'utilisateurs issus de la Gen Z.

La seconde main a décidément réussit à piquer des parts de marchés dans tous les domaines de la consommation. Que ce soit la mode, l'art, la technologie ou encore l'ameublement, le confinement a été un déclencheur pour une tendance qui s'affirmait encore timidement il y a quelques années. On voit même les géants s'y mettre, comme Ikea qui a ouvert en 2020 son premier magasin d'articles de seconde main en Suède.


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Une génération attirée par le marché de la revente de vêtements d'occasion pour son aspect malin mais aussi parce qu'il répond à ses préoccupations et ses engagements en matière d'environnement, comme l'explique Florence de Ferran, enseignante-chercheure en sciences de gestion à l'université de La Rochelle.

 

Pourquoi les consommateurs se tournent-ils massivement vers la seconde main ?

Je ne dirais pas qu'ils se tournent vers la seconde main de façon massive. Il y a effectivement plusieurs leviers qui ont permis de développer certains types de vente de seconde main. Vinted est, par exemple, le site dont on parle énormément ces derniers temps.

Mais la seconde main est plus vaste que cela. Elle ne se limite pas à des applications ou des sites internet. Elle existe même depuis très longtemps à travers les brocantes ou d'autres lieux de réachat de produits d'occasion. Cela a juste évolué depuis une bonne quinzaine d'années, notamment avec la classe sociologique que l'on appelle les bobos, qui recherchaient alors beaucoup de produits vintage. Cet engouement pour la seconde main ne date donc pas d'hier.

Depuis deux ou trois ans, une autre population, à savoir les jeunes, s'est emparée de cette question à travers les préoccupations écologiques. Il y a eu une évolution car ils achètent désormais des vêtements et d'autres produits de seconde main pour deux raisons : c'est malin et c'est mieux pour la planète. C'est une autre démarche. Eux ne vont pas sur les brocantes, ils vont davantage utiliser des applications et sites internet pour acheter ces produits d'occasion. C'est très emblématique aujourd'hui sur les vêtements et sur tout ce qui est matériel électronique.

 

Quelles sont les principales motivations des consommateurs vis-à-vis de la seconde main ?

L'aspect malin, à savoir le gain d'argent, prime forcément sur tout. La plupart des jeunes achètent de la seconde main parce que c'est un bon plan, parce que c'est malin, parce qu'ils ne voient pas l'intérêt de payer 20% plus cher un vêtement neuf. L'aspect financier entre clairement en compte. Mais d'autres le font aussi car cela répond à leurs préoccupations écologiques. C'est une tendance qui est assez forte sur la nouvelle génération.

 

Acheter de la fast fashion sur des sites de seconde main, est-ce réellement bénéfique pour l'environnement ?

Tout individu, quel qu'il soit, a des contradictions. Bien souvent, et sans doute encore plus quand on est jeune, on ne réfléchit pas nécessairement à toutes les implications de nos comportements et on s'arrête souvent à des choses qui sont très basiques.

Je ne sais pas si cette génération achète réellement de la fast fashion sur les sites de seconde main mais quoi qu'il en soit, il y a effectivement des questions qu'elle ne se pose pas. Elle ne s'interroge pas forcément, par exemple, sur le fait qu'acheter sur Vinted implique de la logistique, parfois pour un seul vêtement, ce qui est extrêmement polluant par rapport à un magasin où la logistique est mutualisée sur plein d'articles.

 

Ce type d'achat d'occasion ne pousse-t-il pas à la surconsommation ?

Cela dépend, il va y avoir plusieurs cas de figure. Si on a un pouvoir d'achat qui est faible, je ne suis pas certaine que l'on achètera plus. Mais il y a aussi l'idée d'acheter pour revendre, donc il y a un cercle qui fait que l'on dépense et gagne en même temps. Résultat, on peut effectivement acheter à loisir.

Mais j'ai l'impression que c'est un phénomène qui est assez bref car cela demande du travail et de l'investissement à long terme. Je pense que ce sont des choses qui se font de manière compulsive mais sur une durée qui est relativement limitée. Il s'agit toutefois d'un type de comportement spécifique, qui ne concerne pas l'ensemble des consommateurs.

 

Ces derniers mois, il est question de seconde main mais aussi d'upcycling, de location de vêtement ou de consignes dans la mode. Quelle est la meilleure des alternatives pour réduire son impact sur l'environnement ?

C'est une question extrêmement vaste car il faut d'abord se demander s'il s'agit de réduire notre pollution sur l'environnement, ou une dimension de notre pollution qu'est l'empreinte carbone. Il faut répondre à cette question pour savoir sur quel levier il est possible agir.

Il faut ensuite s'interroger sur chacun des pans de consommation que l'on a et arbitrer en fonction de ceux qui sont les plus coûteux par rapport aux autres. Si on cherche à limiter son empreinte carbone, qui est l'indicateur dont on parle le plus aujourd'hui, il faut porter son attention sur les transports car c'est ce qui est le plus polluant chez un consommateur moyen.

Dans ce cas, il est donc question de limiter son transport mais également de limiter le transport des biens que l'on achète : consommer local, préférer le train à l'avion pour voyager... C'est le premier poste sur lequel on peut jouer pour réduire cette empreinte carbone.

 

Les vêtements responsables, éthiques et durables seront-ils un jour accessibles au plus grand nombre ?

La consommation est aujourd'hui totalement inégalitaire. Les choix de consommation varient fortement en fonction du pouvoir d'achat, c'est évident. Il est possible d'avoir accès à une petite consommation responsable sur de l'alimentation même quand le budget est serré mais sur des produits transformés, comme le textile, c'est clairement plus compliqué et peu accessible.

Il y a toutefois une chose dans notre société que l'on a perdue de vue, à savoir : à quoi correspond un prix ? On a cru pendant longtemps que des produits de bonne qualité à bas prix pouvaient exister mais c'est faux car il y a toujours un acteur dans la chaine de production qui en paie le prix. En réalité, si on veut un produit responsable ou qui a une qualité sociale ou environnementale, il coûte forcément un certain prix. Certains vont penser que c'est cher alors que c'est un prix qui est juste.

Sauf que nous, consommateurs, avons oublié ce qu'était un juste prix, car nous avons été habitués à une société de consommation où tout était accessible sans se préoccuper de ces valeurs. Aujourd'hui, cela crée nécessairement de la frustration chez certaines personnes qui n'ont pas les moyens d'avoir accès à ce genre de produits.

 

Peut-on imaginer que des boutiques de seconde main se substitueront un jour aux magasins traditionnels ?

Ce n'est pas du tout impossible. Je pense que si Vinted ouvrait une boutique à Paris, cela marcherait forcément. Ce qui est sûr, c'est que l'économie circulaire prend de plus en plus d'ampleur et que des choses vont se développer sur ces concepts.