La Pulp Fashion Week de Paris : une ode aux grandes tailles

N'importe quelle fille ronde ne peut pas être mannequin. Il faut une silhouette harmonieuse, souligne Blanche Kazi, organisatrice de cet événement pour la troisième année consécutive, qui a recruté au total 24 modèles, notamment en organisant des castings dans plusieurs villes de France.

Le point de départ de ce projet, pour cette femme d'origine congolaise, a été sa propre "frustration": "après ma grossesse, je suis passée d'une taille 36-38 à une taille 42-44. Je n'arrivais pas à m'habiller comme je le voulais, alors j'ai réfléchi à un moyen, à mon échelle, de faire bouger un peu les choses dans la mode".

Car l'offre pour les rondes en Europe se réduit trop souvent à des "trucs vieillots, tristes, sans aucune originalité", regrette-t-elle.

Or il y a un vrai marché : plus de 40% des femmes portent du 44 et plus.

Au programme de ce salon de la mode pulpeuse, ouvert aux professionnels et au public : des défilés, y compris de lingerie, et des conférences sur la mode grande taille. Une vingtaine de marques (Oliver Jung, Olivier Wartowski, Jean-Ida Créations...) participent à l'événement parisien, contre huit lors de la première édition en 2013.

"Ce sont de jeunes marques", souligne Blanche Kazi, déplorant de ne pas être soutenue par les grands noms de la mode grande taille "qui peuvent faire bouger réellement les choses avec des budgets de sponsoring et des partenariats financiers".
 

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Au programme de ce salon de la mode pulpeuse, ouvert aux professionnels et au public: des défilés, y compris de lingerie, et des conférences sur la mode grande taille. © Pulp Fashion Week Paris

Vingt ans de retard

Signe d'une prise de conscience globale, des rendez-vous de la mode XL ont vu le jour depuis quelques années à New York, Londres, Berlin, Hambourg, Rio. Et des mannequins grande taille ont même défilé lors de plusieurs shows à la Fashion Week new-yorkaise en septembre.

La "Pulp Fashion Week" est encore modeste, reconnaît Blanche Kazi, qui juge que les mentalités ont du mal à évoluer. "On a vingt ans de retard sur la façon d'aborder les différences. Dès qu'on est différent ici, on vous regarde bizarrement", dénonce-t-elle, fustigeant certains préjugés: "les gens ne sont pas gros uniquement parce qu'ils mangent trop".

L'organisatrice peut en tout cas se réjouir de voir cette "Pulp Fashion Week" tomber peu après le vote des députés français pour une interdiction des mannequins trop maigres. "C'est une coïncidence bénie", commente Blanche Kazi, qui approuve une telle mesure, trouvant les mannequins actuelles beaucoup trop maigrichonnes.

Une évolution est pourtant en train de se dessiner dans ce secteur : trois magazines en ligne ont émergé en moins de deux ans, des blogs fleurissent. L'offre grande taille se diversifie aussi sur internet, avec des marques comme Navabi, Asos curve, H&M, Monif C...

Kim Kardashian, réputée pour ses formes, a récemment fait la Une du magazine Elle. "C'est sûr qu'elle a remis à la mode les grosses fesses, donc ça, on en est très heureuses", sourit Clémentine Desseaux, mannequin taille 44, marraine de la "Pulp Fashion Week".

"Mais si elle est acceptée, c'est parce que c'est Kim, elle fait vendre plus que n'importe qui !", ajoute cette ravissante jeune femme brune aux taches de rousseur, qui a fait des campagnes pour American Apparel, les chaînes de magasins américains Macy's et Nordstrom, ou encore Marina Rinaldi et Ulla Popken. Elle regrette que les magazines ne fassent "en général qu'une couverture avec une femme ronde une fois par an".

Une belle initiative qui s'efforce, non sans mal, de s'imposer dans le monde de la haute couture.

 

RTBF TENDANCE avec AFP