Fashion Week de Milan : des femmes de caractère

Dolce & Gabbana womenswear, spring/summer 2015, Milan Fashion Week
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Dolce & Gabbana womenswear, spring/summer 2015, Milan Fashion Week - © © Tous droits réservés - vogue.co.uk

Les couturiers ont adopté ce week-end la célèbre phrase de Simone de Beauvoir "on ne naît pas femme, on le devient", en proposant pour l'hiver prochain des collections éclectiques mais précises permettant à chacune de construire son identité.

Fini les diktats de la mode, la femme peut piocher à sa guise pour élaborer son propre look, interprétant une personnalité à chaque fois unique.
 

Dolce&Gabbana

Pour Dolce&Gabbana, la femme est avant tout maternelle, célébrée dans un hymne à la "Mamma". Celle que l'on adore. Celle que l'on veut couvrir de roses rouges, comme les fleurs à tige dorée en velours écarlate brodées, cousues, incrustées ou imprimées partout sur des robes noires en astrakan, blanches à dentelle ou encore rose tendre.

"Je t'aime maman", "Tu es la plus belle maman du monde", proclament Domenico Dolce et Stefano Gabbana en lettres géantes sur robes et tricots.

Dans chaque habit, ils déclarent un amour inconditionnel à leur mère, tout comme ils le faisaient, enfants, sur des dessins aux traits naïfs reproduits sur de gracieux ensembles.

Mais attention à la méprise: pas de tabliers, ni de torchons pour cette super maman, impeccable et élégante en toutes circonstances. Dans ses sublimes tailleurs années 1950, elle traverse le podium avec désinvolture, affichant ses rondeurs de femme enceinte ou tenant un sage bambin dans les bras.

Certes, elle noue parfois un fichu sur la tête et utilise un cabas géant pour faire ses courses... Mais c'est un cabas en vison ou en peau de crocodile. Dans sa panoplie, aussi, un casque audio incrusté de pierreries pour écouter de la musique.
 

Marni

Autre registre chez Marni, où la femme se fait samouraï, équipée pour affronter les conditions les plus adverses. Sa garde-robe est composée juste de quelques pièces essentielles dans des longueurs maxi et des tissus épais (drap de laine, feutre, tweed, gabardine) souvent superposés.

Manteau, robes-manteau et longs gilets sans manches sont construits à partir de grands panneaux de tissus taillés à vif, croisés sur le devant façon portefeuille.

La plupart des vêtements n'ont pas de boutons, mais sont juste enserrés à la taille par une large ceinture en cuir ou en peau de reptile, assortie à ses bottes à la Crocodile Dundee.

De profondes fentes latérales permettent une totale liberté de mouvement, tout comme les sacs en bandoulière portés en diagonale près du corps, comme la besace ou la cartouchière du chasseur.

La fourrure accentue ce côté guerrière, en pagne autour de la taille, s'emparant des manches, dégoulinant d'un col le long d'une épaule ou appliquée en carreaux géants sur les poches.
 

Salvatore Ferragamo

On retrouve la même silhouette longue et majestueuse chez Salvatore Ferragamo, où là encore tout se joue sur les textures et les contrastes avec des pièces importantes, de la robe toute en cuir aux grandes étoles se transformant en capes.

Ici, la femme est plus artiste, avec des compositions abstraites proposées dans des pulls et jupes patchwork de différentes couleurs ou des manteaux puzzle réalisés à partir de bandelettes de vison colorés.
 

Roberto Cavalli

Avec ses chemises à jabots, ses poignets de manche à volants, ses noeuds virevoltants et ses boutons dorés, la femme Roberto Cavalli se prend pour une princesse d'un autre temps.

Le styliste mélange à merveille ses typiques fantaisies animalières et un style oriental avec des broderies et dessins dorés s'inspirant des anciens vases Ming chinois.

Les robes en dentelle ou affublées de longues franges ou de clous dorés ondulent avec grâce sur le corps des mannequins.

A la fin du défilé, l'émotion était palpable quand Roberto Cavalli est venu saluer une dernière fois son public, accompagné de sa femme Eva Duringer. Sa griffe en effet devrait être cédée sous peu au fonds d'investissement italien Clessidra et un nouveau directeur artistique serait déjà pressenti.
 

Antonio Marras

Antonio Marras a pour sa part revisité les fastes du XVIIIème siècle, version marquise de Merteuil.

Sous des lustres imposants, les mannequins déambulent sur une enfilade de somptueux tapis, dans un décor château de Versailles, chaussant de confortables sandales et bottes fourrées à longs poils, les bras couverts de longs gants de cuir.

Les manteaux et tailleurs bleu poussière sont décorés de broderies florales noires et rose poudre ou de rubans-ruche bourgeonnant sur une manche ou sur la bordure d'un manteau bordeaux. Le décolleté d'un corsage noir descend en trompe-l'oeil jusqu'au nombril.

Des tailleurs et costumes de banquier sont anoblis par des incrustations dorées. Le col des chemises est relevé et rehaussé d'un noeud de cravate à la Robespierre. Les corps sont drapés dans de longues robes droites descendant jusqu'au mollets.
 

Bottega Veneta

Chez Bottega Veneta, Tomas Maier transforme son habituelle lady sophistiquée en une jeune fille plus désinvolte, qui opte résolument pour le pantalon, porté avec un chemisier en soie à noeud Lavallière et un micro-gilet en lurex ou sous des robes-tunique en lainage grain de poudre.

Le styliste joue avec les géométries, les couleurs et les matières, s'autorisant quelques excentricités comme des souliers baroques ou bottes dorées.

Un manteau en cuir noir alterne des pans en peau et en plastique transparent. Une multitude de petits pois ou pétales noirs créent des effets optiques sur des ensembles aux teintes brillantes.
 

Jil Sander

Le jeu des couleurs et des géométries continue chez Jil Sander, où de longilignes silhouettes bleu marine sont ponctuées de touches orangées et jaunes, dans les verres des lunettes, les bottes vernies, un petit tricot.

Rodolfo Paglialunga, le nouveau styliste de la célèbre marque minimaliste, rythme les vêtements de fines lignes droites et de bandes obliques.

La garde-robe est composée de sinueux manteaux peignoirs, d'amples jupes-pantalons et de robes s'enfilant sur d'interminables pantalons. En guise de cache-nez, un col roulé postiche couvre juste le cou et les épaules.
 

Ermanno Scervino

La femme Ermanno Scervino s'amuse pour sa part à détourner codes féminins et vestiaire masculin. La traditionnelle doudoune se transforme ainsi en une robe manteau ballonnée blanche d'une grande légèreté, portée avec de longues cuissardes noires.

Ailleurs, un tissu rembourré de plumes se fait sculpture dans des pulls et jupes tridimensionnels.

Les classiques motifs masculins, tels Prince de Galles et pied de poule démesurément agrandis, s'entrechoquent sur des vestes ou des petits pullovers en mohair ou sont illuminés de pierres scintillantes.

Le pied de poule devenu patte d'oie géante finit par s'extraire du dessin, métamorphosé en colombes blanches se posant sur un manteau et un sac de fourrure sombre.
 

Veronica Etro

Veronica Etro puise quant à elle dans le savoir-faire historique de la Maison homonyme, mettant le tissu au premier plan d'une collection magique.

Toute la garde-robe se joue en effet sur la richesse et la beauté d'étoffes précieuses agencées en savants patchworks. Brocarts d'or, velours ciselés, tissus damassés, jacquards, broderies, inserts de passementerie ressuscitent la splendeur d'anciennes tapisseries retrouvées au fond d'une malle.
 

Armani

Assemblés comme un puzzle, ces échantillons de différentes matières, couleurs et dessins redonnent vie à de nouveaux tissus marqueterie.

Ils revivent, ondulant sur des corps sinueux, dans des manteaux, robes, tailleurs-pantalons et jupes plissées aux couleurs mordorées traversés de broderies en lurex et de paillettes.

Retour à la rigueur en revanche avec Giorgio Armani, qui propose pour sa deuxième ligne Emporio "une femme forte et autonome", qui s'affiche coiffée à la garçonne et portant avec nonchalance des vêtements d'homme et des souliers plats, le micro-sac et/ou maxi porte-monnaie accroché à la ceinture.

Sa garde-robe est composée essentiellement de vestes masculines longues et d'amples pantalons s'arrêtant au-dessus de la cheville.

La palette est sombre, avec des gris, des noirs et des violets illuminés par des touches de rouge rubis (écharpe, volant, boutons, sac, chaussures). Une couleur intense, qui s'empare parfois d'une fourrure, d'un manteau matelassé ou encore de robes boule.
 

Versace

Versace s'inscrit en contre-tendance, prônant le retour à une mode-logo revendiquée et hyper sexy. Pas sûr que les cuissardes colorées en daim ou vernies dans des rouge, jaune et vert pétants, moulant les jambes jusqu'au raz des fesses, soient des plus pratiques, mais quelle allure !

Les couleurs primaires, proposées en total look ou par flash en zébrures et bandes illuminant des robes noires, insufflent une énergie incroyable à une collection très pop.

Les grosses lettres multicolores composant le nom de la griffe dansent la java sur des pulls, quand ce n'est pas tout simplement Versace qui s'inscrit bien visible en vert sur un sweat-shirt noir.

Quant à la frise grecque, autre symbole fort reconnaissable de la Maison, elle est déclinée un peu partout en micro-dessins ou en format géant sur des ensembles multicolores, ou plus discrète, décorant une paire de collants, les manches d'un manteau, le bord d'une veste ou encore une ceinture.
 

Avant de s'envoler pour Paris, le marathon milanais s'achève aujourd’hui avec les collections de Dsquared2, Giorgio Armani et Ter et Bantine.

 

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