En direct de Milan, les ténors de la mode face au "see now-buy now"

En direct de Milan, les ténors de la mode face au " see now-buy now "
En direct de Milan, les ténors de la mode face au " see now-buy now " - © iStock/Girish Chouhan

De nombreuses marques (Michael Kors, Burberry, Tom Ford...) ont déjà succombé à la tentation de mettre en vente de nouveaux modèles juste après les défilés. À l'opposé, Karl Lagerfeld, Pietro Beccari de Fendi et Carlo Capasa, président de la Chambre nationale de la mode italienne, s'interrogent sur ce qu'ils considèrent comme une atteinte à la créativité. Interviews réalisées par Sophie de Champsavin, rédactrice en chef de Paris Modes TV.

Les collections doivent-elles être mises en vente immédiatement ou six mois après leur présentation, comme le veut la coutume ? Le débat fait rage actuellement dans l'univers de la création.

"On pourrait faire une dizaine de looks qui serait disponibles immédiatement en boutique, mais le gros de la collection devra continuer à arriver un peu plus tard ", juge Pietro Beccari, président de Fendi. Une stratégie déjà adoptée par Prada, qui a dévoilé et mis à la vente jeudi dernier dans les grandes capitales de la mode deux sacs à main, le Cahier et le Pionnière.

La création, un art qui demande du temps

Selon Carlo Capasa, président de la Chambre nationale de la mode italienne, tout dépend de la volonté des marques de construire un désir ou de satisfaire un besoin. "Si vous êtes une enseigne qui crée du rêve, vous avez besoin de temps pour travailler proprement", s'insurge-t-il.

Karl Lagerfeld dénonce pour sa part "un immense gâchis" et "un dialogue faussé" entre la marque et ses clients qui pourraient voir diminuée leur "envie". Il y a quelque jours, les grands noms de la couture française ont d'ailleurs refusé un aménagement du calendrier des défilés parisiens, condition préalable à cette évolution; preuve de leur scepticisme envers le "see now-buy now".

Carlo Capasa ajoute : "en bousculant l'attention et la créativité des designers, la qualité risque d'être moins au rendez-vous". Un avis partagé par Pietro Beccari, qui est persuadé, malgré le risque du déjà-vu, que " les clients sont toujours prêts à attendre pour avoir des choses bien faites, repensées et créatives ".

Le digital bouleverse aussi les codes du luxe

Karl Lagerfeld souligne que la généralisation de cette nouvelle pratique fait émerger un autre problème. "Il n'y aura plus de temps pour photographier les collections. Et si on le fait avant leurs sorties, il y aura des fuites", regrette le Kaiser, dont les collections sont très prisées par les contrefacteurs. Selon lui, "le digital introduit une surveillance policière et visuelle permanente". Pietro Beccari se montre plus optimiste : plus que de la rapidité, le digital implique selon lui davantage de transparence. "On n'a plus le droit et on ne veut plus rien cacher", résume-t-il.