Agnès b., la styliste engagée qui n'aime pas la mode

Agnès b., styliste aux 300 boutiques dans le monde, "n'aime pas" le monde de la mode.
Agnès b., styliste aux 300 boutiques dans le monde, "n'aime pas" le monde de la mode. - © JOEL SAGET/AFP

Agnès b., styliste aux 300 boutiques dans le monde, "n'aime pas" le monde de la mode. C'est la création libre qui la branche, cette "hardiesse" qu'elle porte en elle pour créer, s'engager.

"Je ne suis pas people"

"La hardiesse" est aussi le nom que cette femme de 78 ans à l'allure de papillon a choisi pour sa première exposition à La Fab, son nouveau lieu d'art dans le XIIIe arrondissement. "Je veux aborder la hardiesse sous toutes ses formes, j'ai l'impression de faire une dissertation visuelle" en mêlant des œuvres d'artistes très ou peu connus, confie-t-elle.

"Moi, je n'aime pas la mode. Je ne connais pas ce milieu où on est chacun dans sa bulle", explique-t-elle.

"Certains aiment bien être vus, sortir. Ce n'est pas mon cas, je ne suis pas people. Le cher David Bowie, que j'ai habillé pendant 20 ans, était lui aussi tout sauf people!", ajoute-t-elle.

Fidèle à ses innombrables amis, agnès b. bataille contre l'oubli, l'obsolescence: "Tout à coup, on ne s'intéresse plus à ce que les artistes ont fait, on les laisse tomber. Je n'aime pas être comme ça".

Engagée sur tous les fronts

Agnès b, de son vrai nom Agnès Troublé, qui rêvait d'être conservatrice de musée, estime que "l’œuvre est orpheline quand elle quitte l'atelier, elle a besoin d'être adoptée, aimée, vue, comprise". Comme elle-même en a eu besoin.

Née dans une famille bourgeoise versaillaise cultivée en 1941, elle sera traumatisée par les attouchements d'un oncle. Elle se marie à 17 ans avec le futur éditeur Christian Bourgeois. Elle fera en 2014 un long métrage sur l'histoire d'une fillette abusée, "Je m'appelle hmmm", qui n'est pas sa propre histoire.

De quelle expérience personnelle tire-t-elle cette insatiable empathie? "Après avoir eu mes jumeaux à 19 ans, j'ai quitté mon mari à 21 ans sans argent. J'ai la chance d'avoir été très pauvre sans être malheureuse. J'allais acheter le jambon avec les consignes des bouteilles. Un jour, un jumeau me dit: 'Mais Maman, heureusement tu nous as!'"

"Je vibre pour les Rohingas, les Ouighours, l'eau qui monte, l'Australie", énumère la styliste, qui a "très peur de Trump".

Dans le débat sur les retraites, elle dénonce les oublis: "Les femmes de ménage, personne n'en parle, sans parler de toutes sortes d'artistes, qui n'ont aucun point. Qui les défend?".

Catholique de gauche

Cette femme passionnée de politique, lectrice du Monde, au cœur à gauche, qui a "toujours été dans la rue pour manifester", a confectionné un tissu où était inscrit dans toutes les langues: "La lecture des journaux me rend triste".

La rencontre avec l'Abbé Pierre l'a marquée: "Cela manque, sa grande gueule!". Elle a été aussi très proche de Danielle Mitterrand dans son combat pour l'eau, "a acheté la goélette Tara avec son fils Etienne" pour l'étude du réchauffement climatique sur les océans.

Elle se dit puissamment aidée par sa foi catholique: "C'est chevillé en moi, je n'ai pas ce doute-là, même si j'aime beaucoup les gens qui doutent. J'ai besoin de parler à mes amis du ciel, n'importe où".

"On n'est n'est ni des machines ni des animaux, même si les animaux ont une forme d'âme aussi..."

C'est en 1983 qu'elle avait ouvert la "Galerie du jour" avec Jean René de Fleurieu, son nouveau mari: "Cela m'a pris du temps, de me faire confiance", confie-t-elle.

Elle crée des vêtements agréables à porter. Comme son fameux cardigan-pression. "Mes vêtements ne se démodent pas et je suis très écologique: des filles de 18 ans portent les vêtements de leur mère que j'ai fait il y 20/30 ans!"