Vous voulez devenir "néo-agriculteur" ? Il y a une appli pour ça

Kim Huynh-Kieu est un touche-à-tout. Son étonnante carrière l’a mené de pharmacien à musicien. Il s’est ensuite intéressé à la programmation puis au design. En toute logique, on l’aurait volontiers imaginé quelque part dans les bureaux de la Station F, le plus grand incubateur de startups d’Europe, fondé par Xavier Niel. Pourtant, c’est le nouveau projet du millionnaire, "Hectar", l’école des nouveaux agriculteurs qui ouvrira ses portes prochainement, qui serait le plus à même de coller aux intérêts du touche à tout.

Ces nouveaux fermiers des villes

Les nombreuses expériences de Kim Huynh-Kieu l’ont amené à se questionner sur la place de l’agriculture dans notre société. Il s’est passionné pour les nouveaux fermiers, dont un tiers ne vient ni des campagnes ni des cultures. Il leur prédit un futur digne des développeurs que l’on trouvait ringards il y a encore quelques années, avant que Mark Zuckerberg invente Facebook.

Au contact de ces nouveaux agriculteurs, il a imaginé Biosphere pour réduire le temps, le risque et la complexité de se lancer. Cette application ressemble à s’y méprendre au jeu SimCity où l’on pouvait, dans les années 90, construire (ou détruire) la ville de ses rêves en y implantant des usines ou des cultures.

Sur l’appli, le maraîcher dessine le jardin de ses rêves. Et grâce à des modèles d’intelligence artificielle utilisés par Facebook ou eBay, l’application Biosphere aide les agriculteurs à protéger leur culture des nuisibles (comme des limaces) et à choisir les meilleures complémentarités de fruits et légumes à planter en fonction de leur localisation précise. En prime, l’appli intègre les données météo, prédit les points de vigilance à surveiller ou conseille le fruit ou légume à planter pour maximiser le rendement d’un petit lopin de terre (de 300m2 à 5ha). Son créateur a répondu aux questions de l’AFP.

En quoi Biosphere peut-il être utile aux nouveaux agriculteurs ?

Il existe un problème de résilience alimentaire. Cette problématique n’est pas nouvelle, mais elle commence à être critique. Y sont sensibles de jeunes jardiniers ou maraîchers qui veulent travailler avec des techniques d’agroécologie, c’est-à-dire en préservant les ressources de la planète.

Ces techniques, pourtant ancestrales, sont complètement méconnues de ces nouvelles générations de jardiniers agriculteurs. Il y a un an, nous avons donc lancé Biosphere pour les aider à trouver des solutions entre leurs besoins et la nature pour produire de la nourriture.

Vous constatez que ces nouveaux agriculteurs sont aussi parfois de simples jardiniers…

Lorsque l’on a 400m² ou 500m² de jardin, on a le désir d’avoir un potager, comme nos grands-parents, et de maîtriser son alimentation, ou en tout cas, de réintroduire ce que l’on cultive dans son assiette. Ces personnes se mettent à l’agriculture pour profiter de leur extérieur et reprendre le pouvoir sur leur alimentation.


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Et parmi eux, certains se disent "Pourquoi ne pas devenir fermier ?". Ce pourcentage est loin d’être négligeable. Il représente 30 à 40% des nouveaux entrants dans le maraîchage.

Pourquoi avoir choisi de travailler sur une appli, plutôt que sur un robot, par exemple ?

J’ai quitté mon job de designer pour passer plusieurs mois avec des agriculteurs à pratiquer le maraîchage, dans plusieurs pays. Pendant un an, j’ai travaillé sur une maquette de robot assistant. Mais l’investissement était beaucoup trop élevé. Nous nous sommes aperçus que le vrai problème à résoudre lorsque l’on se lance dans l’agroécologie ou la permaculture, c’est la complexité de la connaissance pour les néophytes. Avec Biosphere, on a voulu lever ce frein.

En quoi vous êtes-vous inspiré de Facebook ou eBay pour votre appli ?

Les géants du web répertorient nos goûts via nos données (c’est-à-dire nos clics). En fonction de ceux-ci, ils "poussent" des vidéos sur notre mur virtuel, ou des T-shirts sur les sites que nous visitons. Nous utilisons exactement les mêmes interactions pour "pousser" des roses ou des marguerites, autrement dit les plantations les plus judicieuses, à côté de celles que vous avez déjà.

L’appli prévoit aussi, comme sur un réseau social, des événements comme "pousse de feuilles" ou "attaque d’un ravageur". Ces données sont ensuite prises en compte par le machine learning, elles sont affinées pour aider les autres utilisateurs.