Une nouvelle espèce découverte par hasard dans un bocal

Inconnue, cette nouvelle espèce est restée dans un musée pendant plus d’un siècle après avoir été trouvée par hasard en 1902.

Cette nouvelle espèce, une raie (cousine éloignée des requins) ne peut pas être considérée comme un animal particulièrement spectaculaire ou impressionnant. Comme l’explique à la BBC le biologiste Alec Moore qui l’a officiellement découverte, elle est petite – de la taille d’une main tendue – et de couleur unie, sans marques distinctives. Ce qui est spécial avec cette raie, c’est d’où elle vient, comment nous en sommes venus à la découvrir et pourquoi nous ne la reverrons peut-être plus jamais.

De nombreux requins et raies découverts ces dernières années l’ont été sur les marchés aux poissons. Mais ce n’est pas le cas de notre raie, connue scientifiquement sous le nom d’Hemitrygon yemenensis, qui a été trouvé dans un bocal en verre, sur une étagère, dans un musée, au centre de Vienne.

Le couple viennois au Yemen

En 1902, un couple de scientifique, Wilhelm et Marie Hein, est au Yemen pour étudier la langue Mehri mais, assignés à résidence, ils doivent trouver de quoi s’occuper. Marie, en plus de fournir des soins médicaux aux habitants, collecte plus de 2000 spécimens botaniques et zoologiques, dont deux raies. Ces spécimens – un mâle et une femelle – ont été conservés et ramenés au Muséum d’histoire naturelle de Vienne où ils sont restés dans leur bocal en verre pendant 115 ans.

Alec Moore faisant des recherches sur les raies et requins, trouve par hasard dans la liste des 2000 spécimens des Hein, la mention d’un nom étrange qui était donné à l'époque aux raies. Après quelques contacts avec le muséum, il se rend compte qu’il est peut-être face à une espèce inconnue. Il fait son sac et part à Vienne.

Un animal mystérieux et peut-être déjà disparu

Le biologiste a ensuite commencé son travail en faisant les mesures, observations et photographies afin de comparer les spécimens du Yémen avec des espèces connues pour dégager les caractéristiques clés qui définissent la nouvelle espèce.

Mais que savons-nous de cette espèce ? Malheureusement, presque rien et il y a de fortes chances que cela reste ainsi. Hormis les deux spécimens de musée collectés il y a plus d’un siècle, l’animal est totalement inconnu de la science.

Le territoire de reproduction des raies est souvent restreint, il y a donc de fortes chances que ce spécimen soit endémique au Yémen. Malheureusement, la situation actuelle dans le pays rend impossible la recherche d’autres spécimens (vivants si possible) sur place. De plus, la pêche intensive, non gérée et non durable dans ces zones – souvent par des navires étrangers – menace des espèces marines uniques comme cette raie.

Il y a même une chance que cette espèce ait disparu avant que nous nous rendions compte qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce, comme le "requin perdu" trouvé récemment.

Deux noms pour deux hommages

Le nom officiel de la nouvelle espèce célèbre le pays dans lequel elle a été trouvée, mais les biologistes ont proposé le nom vernaculaire de "raies Heins" pour reconnaître le rôle de Marie et Wilhelm en aidant à documenter les richesses – biologiques, linguistiques et culturelles – de cette partie du monde.