Recycler c'est bien, mais produire moins de déchets, c'est mieux !

Recycler c'est bien, mais produire moins de déchets, c'est mieux !
Recycler c'est bien, mais produire moins de déchets, c'est mieux ! - © Elena Feodrina - Getty Images/iStockphoto

S'il est indispensable, le recyclage a tellement intégré notre quotidien qu'il peut parfois brouiller les pistes et nous pousser à consommer davantage de jetable. Greenwashing, mythe du recyclage à l'infini, information biaisée du consommateur... C'est notamment le constat dressé par Flore Berlingen dans son livre "Recyclage, le grand enfumage".

Instaurée aux États-Unis dans les années 90, la Journée mondiale du recyclage se tient ce jeudi 18 mars. L'occasion, chaque année, pour les marques et entreprises de présenter leurs initiatives mises au point pour recycler leurs produits et donc préserver l'environnement. Mais au fil du temps, le terme recyclage a pris une dimension fourre-tout, porteuse d'espoir, nous laissant penser que nos déchets peuvent se renouveler à l'infini. 

C'est précisément cet aspect un peu "trop vert "du recyclage que Flore Berlingen, ex-directrice de Zéro Waste France, décrypte dans son ouvrage "Recyclage : le grand enfumage, comment l'économie circulaire est devenue l'alibi du jetable" paru en juin 2020 aux Éditions Rue de l'échiquier. Elle alerte notamment sur les limites écologiques du recyclage et le caractère contre-productif qu'il a endossé au fil des années. Entretien.

 

Le recyclage est souvent présenté comme la panacée pour la planète. Mais la réalité est tout autre...

Il y a en effet un déséquilibre dans le discours autour du recyclage car il est souvent présenté comme une méthode positive, sans mention de ses limites d'un point de vue environnemental, qu'elles soient techniques, économiques, scientifiques ou opérationnelles. 

Le caractère recyclable d'un produit reste en réalité purement théorique. L'emballage du produit peut par exemple être considéré comme recyclable s'il est fabriqué à partir d'une matière recyclable mais encore faut-il qu'il existe une filière de collecte installée dans la région ou le pays, ce qui n'est pas toujours le cas.

Le recyclage est par ailleurs devenu un argument de vente car il répond à une attente environnementale de plus en plus importante du consommateur. Or des scientifiques américains ont prouvé dans une étude que cette "promesse" nous incite inconsciemment à déculpabiliser vis-à-vis de notre comportement de consommation. Un peu comme si on se disait : "C'est recyclé, donc je peux jeter". Ce mode de pensée peut-être s'avérer contre-productif et nous faire perdre du temps dans notre transition écologique, pourtant urgente. 

Sans compter que certains produits recyclés sont de moindre qualité. On parle alors de "sous-cyclage" ou de "décyclage". Ce problème se pose notamment avec les emballages alimentaires : si l'on recycle un produit en plastique en utilisant du matériel usé, celui-ci sera donc dégradé au fur et à mesure. Et surtout, il ne sera pas recyclable à l'infini.

 

Les produits qui contiennent des matières recyclées, même en quantités faibles, ne sont-ils pas tout de même pas préférables à des produits neufs à 100% ?

La technique du recyclage en tant que telle n'est pas vertueuse ou non vertueuse mais dépend en fait de la manière dont on va l'appliquer. Pour reprendre l'exemple de l'emballage à usage unique, il me semble compliqué de considérer le recyclage comme une solution dans la mesure où son caractère jetable entraîne de toute façon un gaspillage de ressources.

Car il faut savoir que la production de produits, même en partie faite à partir de matières recyclées, nécessite une dépense conséquente en eau et en énergie, ainsi que de matières premières vierges. Il semble donc plus pertinent de se demander si tel objet a une véritable utilité sociale et essayer de voir si l'on peut faire différemment en cherchant des alternatives.

 

Ces problèmes sous-jacents du recyclage sont-ils également présents dans l'upcycling ou la seconde main ?

Là aussi, il est nécessaire de se demander si l'objet fabriqué à partir de déchets a une fonction durable. Si c'est le cas, il faudrait ensuite aussi se demander si le produit que l'on achète a été conçu à partir d'un déchet évitable ou non. Une bouteille d'eau ou un sac en plastique font par exemple partie des déchets évitables. L'important est donc de ne pas perdre de vue que ce type de déchets devraient à la base ne pas exister. D'autant que tout le comme le recyclage, l'upcycling peut lui aussi devenir un argument de vente. 

Quant à la seconde main, on a parfois tendance à confondre ce principe avec le recyclage, qui est devenu un terme générique. Or le recyclage signifie une destruction de l'objet, quand le réemploi permet d'allonger la durée de vie d'un objet en maximisant son usage. Il s'avère bénéfique dans la mesure où il favorise l'économie circulaire. À condition, bien sûr, que ce geste remplace un achat neuf.

 

Comment sensibiliser le grand public aux limites du recyclage, sans le décourager de continuer à trier ses déchets ?

On peut commencer par donner des ordres de grandeur : par exemple diminuer notre consommation de vêtements par quatre. Tout en insistant sur le fait qu'il existe plein d'alternatives et de solutions pour que cela ne nuise pas à notre confort. Je pense par exemple aux solutions de partage et de location qui existent pour les vêtements mais aussi les meubles et autres équipements pour la maison.

Pour l'alimentation, c'est plus difficile car certains produits ne sont pas vendus sans emballages. Cela peut donc encore s'apparenter à un parcours du combattant pour le consommateur.

Mais je reste toutefois optimiste car les choses bougent depuis ces dix dernières années : accès au vrac, possibilité d'apporter ses propres contenants... Des pratiques qui semblaient inapplicables il y a encore quatre ou cinq ans.