Près de Sao Paulo, la favela verte de "Lia l'espérance"

Ruelles défoncées, maisons inachevées, canapés éventrés

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Près de Sao Paulo, la favela verte de "Lia l'espérance" © NELSON ALMEIDA - AFP

Dans le grand potager, la Brésilienne de 57 ans donne ses instructions au garçon qui apporte une brouette de cette terre rouge sur laquelle tout pousse : papayers, bananiers et même bougainvillées fuchsia et hortensias roses. "Nous avons aussi toutes sortes de plantes médicinales", se réjouit Lia. Sur la parcelle de culture écologique, elle montre aussi la serre pleine de semis et, plus loin, le compost.

Dans la "favela verte" de Vila Nova Esperança, dont Lia est élue "leader" depuis dix ans, rien ne se perd, tout se récupère.

Ici règne l’éthique de la permaculture : à une heure du centre de la mégapole congestionnée de Sao Paulo, la favela, qui domine la luxuriante Mata (forêt) Atlantica, se veut respectueuse de l’environnement, des hommes, autosuffisante et fondée sur le partage.

Bien sûr, les roses et les marguerites du jardin n’empêchent pas Vila Nova Esperança de ressembler aux 1650 favelas du grand Sao Paulo : ruelles défoncées, maisons inachevées, canapés éventrés en plein air et sacs en plastique qui volent. Mais la favela écologique de Vila Nova Esperança a reçu plusieurs prix et a son compte Facebook. C’est dans cette communauté de 3000 âmes que "Lia l’espérance", comme on l’appelle aussi, a bâti son "rêve".

La nature ou des matériaux recyclés sont privilégiés

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Près de Sao Paulo, la favela verte de "Lia l'espérance" © NELSON ALMEIDA - AFP

Le chignon en bataille, elle empoigne à main nue la terre qu’elle jette par paquets sur le mur de la ludothèque où viendront jouer les enfants. Le "barro", ce mélange d’argile et de ciment, remplace les briques.

"C’est moins cher et en plus, ça préserve la nature", explique Lia, le visage maculé de terre ocre mais rayonnant.

Ailleurs, des matériaux recyclés sont utilisés. "Quand je suis arrivée à Vila Nova Esperança, il n’y avait rien", raconte-t-elle. "Aujourd’hui, nous avons un théâtre, une bibliothèque pour apporter la culture aux habitants, une cuisine communautaire, un lac où les enfants peuvent se baigner. Et ce potager qui ne cesse de grandir."

Rodrigo Calisto, un ingénieur civil qui prête main-forte à Lia, montre un bassin de pierre qui va accueillir un vivier de tilapias. Avant d’être mangés, les poissons mangeront les moustiques. C’est pour "les problèmes de dengue", explique le jeune homme, qui peut mobiliser, le weekend, une trentaine de bénévoles pour travailler dans la favela.

En empilant de gros sacs remplis de terre, ils ont construit des retenues contre les glissements de terrain souvent dramatiques pour les favelas lors des pluies torrentielles. "Maintenant, il n’y a plus de danger pour les maisons en contrebas", explique l’ingénieur, qui a aussi mis au point un système de récupération des eaux de pluie.

Résister à la police pour protéger leur quartier

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Près de Sao Paulo, la favela verte de "Lia l'espérance" © NELSON ALMEIDA - AFP

"C’est une joie pour moi que la nature nous montre comment il faut vivre. On n’a pas besoin d’aller à l’université !", s’exclame Lia.

Mais le chemin de cette ancienne fleuriste de Bahia n’a pas été tapissé de roses : arrivée en 2003 pour fuir un mari violent dans cette favela qui manquait de tout, à commencer par l’électricité, elle s’est rapidement heurtée aux autorités locales. "En 2006, j’ai découvert qu’il y avait une procédure d’expulsion des familles, accusées de dégrader les lieux. Ils voulaient créer une zone de protection environnementale." Puis en 2011, la peur au ventre, elle a résisté avec les habitants à "plus de 30 policiers en civil, leurs coups de pieds et leurs bombes au gaz poivre".

Contre vents et marées

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Près de Sao Paulo, la favela verte de "Lia l'espérance" © NELSON ALMEIDA - AFP

"Les gens de la CDHU m’ont proposé de l’argent pour partir d’ici", dit-elle au sujet de la Compagnie de développement de l’habitat et de la ville. Ensuite, elle a voulu "éduquer les habitants sur l’environnement et leur apprendre à cultiver leurs propres aliments".

Mais aujourd’hui, c’est le manque de fonds qui pénalise la favela, où un habitant sur cinq est chômeur. La mairie donnait "une bourse de 1050 reais par mois (230 euros), qui rémunérait six heures de travail par jour, mais c’est bientôt fini", explique Lia.

"Cela va être dur mais on ne va pas s’arrêter de travailler", dit cette femme énergique.

C’est plutôt le manque d’enthousiasme de ses voisins qui l’attriste. "Notre idée, c’est de semer tous ensemble et de partager les récoltes. Mais les habitants ne veulent pas planter", ajoute-t-elle. Certains, toutefois, sont acquis à sa cause, tel Everaldo Casimiro Santos, qui construit la ludothèque sous le soleil brûlant. "C’est bon de travailler pour rendre ce lieu meilleur", assure-t-il.