Pourquoi les chats ont-ils l'air hautain ?

Pourquoi les chats ont-ils l'air hautain ?
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Pourquoi les chats ont-ils l'air hautain ? - © Pawel Szczygiel / EyeEm - Getty Images/EyeEm

Les chats sont le seul animal asocial que nous avons réussi à domestiquer. Mais les gens sont souvent déçus de ne pas pouvoir avoir une relation aussi facile qu’avec des chiens. Sont-ils vraiment hautains ou ne comprenons-nous seulement pas leur langage ?

Les chiens semblent presque biologiquement incapables de cacher leurs sentiments : ils reniflent, nous sautent dessus, remuent la queue, ils ne peuvent pas cacher s’ils sont contents, anxieux, ou fâchés.

Les chats ont également un langage corporel sophistiqué : queue tremblante, fourrure ébouriffée et position des oreilles et des moustaches. Un ronronnement indique généralement (mais pas toujours) la convivialité ou le contentement. C’est une méthode relativement fiable pour savoir si le chat est en mode 'viens faire des câlins' ou s’il vaut mieux le laisser tranquille.

Malgré les milliers d’années de domestication du chat, leur indépendance, que beaucoup considèrent comme un bonus, est très souvent considérée comme une attitude distante, hautaine ou égoïste. Leurs détracteurs affirment même qu’ils ne montrent vraiment de l’affection que lorsque leur bol de croquettes est vide… Et pourtant, une étude a démontré que les chats aimaient leurs maîtres comme leurs parents. Alors d’où leur vient cette image d’animal hautain et méprisant ?

Le mystère de la sociabilité des chats

L’aberration d’avoir domestiqué un animal asocial rend la communication difficile et nous fait voir un égoïsme là où il n’y en a pas. La recherche sur le comportement félin est à la traîne comparée à celle sur les chiens mais, ces dernières années, elle se développe de plus en plus, vu l’engouement pour les chats en hausse. Une grande partie des études n’en sont qu’à leurs débuts, mais déjà la recherche a montré que la sociabilité des chats envers les humains est un spectre assez compliqué.

Ce qui rend la compréhension très complexe c’est la diversité des comportements des chats. Les chats errants se cachent souvent ou fuient les humains, se comportant comme leurs ancêtres sauvages. Dans des endroits comme la Méditerranée et le Japon, des colonies de "chats communautaires" prospèrent dans les villages de pêcheurs, assez amicaux pour chercher le contact avec les habitants qui les nourrissent. À Istanbul, également, les chats semi-errants sont nourris et pris en charge par les habitants avec qui ils ont des contacts proches et sociaux journaliers. Et à domicile, certains chats vont chercher le contact et la relation quand d’autres seront presque intouchables tellement ils tiennent à leur indépendance.

La disparité des comportements complique la tâche des chercheurs et des maîtres, troublés par des comportements qu’ils ne comprennent pas.

Domestiqué pour servir de chasseur indépendant

Une première raison possible de leur attitude et de leur réputation peut venir de leur domestication originelle.

Le processus a été beaucoup plus long et progressif que celui des chiens. Les premiers chats domestiques ont commencé à apparaître dans les villages néolithiques du Moyen-Orient, il y a environ 10.000 ans selon la BBC. Ils ne dépendaient pas de leurs 'maîtres' humains pour se nourrir puisque le but de leur 'adoption' était qu’ils chassent rats, souris et autres nuisibles pour protéger les récoltes et les magasins de nourriture. Notre relation avec eux était, dès le départ, plus indépendante que les chiens, qui nous chassaient avec nous et comptaient sur les humains pour manger une part de la récolte de la chasse.

Les chats d’aujourd’hui ont gardé beaucoup des instincts de ses ancêtres pré-domestiques : le désir de chasser, de patrouiller son territoire, de le protéger d’autres chats ; ils sont beaucoup plus proches de leurs ancêtres que les chiens.

Un ancêtre asocial et solitaire

"Les chiens et les humains sont très similaires et vivent ensemble depuis longtemps. D’une certaine manière, cela a été une co-évolution. Avec les chats, c’est beaucoup plus récent. Ils viennent d’un ancêtre solitaire qui n’est pas une espèce sociale", explique Karen Hiestand, vétérinaire et administratrice d’International Cat Care.

Le chat sauvage africain, Felis lybica, qui est donc l’ancêtre de nos chats domestiques, a tendance à mener une vie solitaire, se rencontrant pratiquement seulement quand il est temps de s’accoupler. "Les chats sont le seul animal asocial qui a été domestiqué. Chaque autre animal que nous avons domestiqué a un lien social avec les autres membres de son espèce."

Parlant de la sociabilité, Karen Hiestand explique : "elle est très variable, déterminée par la génétique et peut provenir de ce qu’ils ont vécu au cours des six ou huit premières semaines. S’ils ont des expériences positives au début de leur vie, ils vont probablement aimer les humains et vouloir passer du temps avec nous".

On ne comprend pas leur langage

Tout comme les chiens, les chats communiquent beaucoup avec leur corps mais ils ne le font pas de la même manière que les chiens. "Je pense qu’il est beaucoup plus difficile pour les gens de lire leur langage corporel par rapport aux chiens", explique Kristyn Vitale, chercheuse au doctorat qui étudie le comportement des chats. Mais ce n’est pas nécessairement la faute du chat et il n’en est pas pour autant égoïste et hautain. Les chiens ont développé une 'arme' pour nous faire fondre, arme que les chats n’ont pas. Une étude de l’Université de Portsmouth a révélé que les chiens ont appris à imiter les expressions des nourrissons, ce qui déclenche chez l’humain un désir de prendre soin d’eux. Le changement semble avoir été le développement d’un muscle qui soulève le sourcil intérieur. Les "yeux de chien battu" ('puppy eye' en anglais) ne sont pas seulement un cliché, ils sont une évolution qui a renforcé le lien entre les chiens et les hommes.

Les chats n’ont pas ce muscle et ne peuvent donc pas vous faire un regard amoureux comme l’humain le comprend instinctivement. Par contre, ils vous disent aussi 'je t’aime' avec leurs yeux mais de leur manière : en vous regardant en clignant doucement des yeux. Ce geste équivaut à un bisou ou un je t’aime.

Un autre exemple de comportement qui a longtemps été mal interprété et que la recherche met en lumière est le frottement contre les jambes. Auparavant, ce geste était considéré comme une sorte de marqueur de territoire, comme les chats sauvages pourraient le faire sur les arbres ou d’autres points de repère sur leur territoire. Mais quand ils le font sur des gens, c’est généralement un signe d’appartenance, le chat transfère son parfum sur votre peau et en même temps transfère le vôtre sur sa fourrure. C’est une façon de créer un "parfum commun" qui distingue l’ami de l’ennemi.

Donc, la prochaine fois que vous rentrerez à la maison pour trouver votre chat qui vous surveille tranquillement depuis le canapé, ou bâille paresseusement en se faufilant dans le couloir la queue relevée, ne soyez pas déçu. À leur façon, ils vous font savoir qu’ils sont contents de vous voir.