Pourquoi la forêt russe est essentielle pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Les forêts de Russie couvrent à elles seules un cinquième des forêts mondiales. Leur potentiel pour contrer les effets du changement climatique est donc immense, bien que menacé, souligne une récente étude.

Publiée dans la revue Nature Scientific Reports et réalisée par des chercheurs de l’Académie des sciences de Russie, de l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués ainsi que d’une équipe internationale de scientifiques, cette étude s’est attaquée à un défi de taille : répertorier l’ensemble de la biomasse forestière de Russie. Un calcul qui n’avait pas été fait depuis la dissolution de l’URSS en 1991.

Le premier cycle de l’inventaire forestier national (IFN) russe a été finalisé en 2020. En combinant les données de l’IFN à celles de ces données en combinaison avec des parcelles forestières, les scientifiques ont abouti à une nouvelle estimation de la biomasse des forêts russes et confirmé l’impact de ces forêts sur le changement climatique et leur importance pour l’atténuation du changement climatique. Les informations recueillies dans cette recherche comprennent notamment les stocks de biomasse et les capacités des forêts à capturer le CO2.

"Étant donné que l’objectif de cette étude était d’estimer la biomasse non observée, nous avons utilisé des méthodes modernes de calcul intensif pour nous concentrer sur la qualité de la prédiction d’une série de modèles plausibles", explique Elena Moltchanova, co-autrice de l’étude professeure à l’université de Canterbury en Nouvelle-Zélande.

D’après les résultats de l’étude, les forêts russes auraient accumulé une quantité de biomasse 40% supérieure à celle indiquée dans le registre forestier national du pays, ainsi que dans les statistiques de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

 

La forêt russe pourrait jouer un rôle important

Si l’on se réfère au dernier rapport établi sous l’Union soviétique, le taux d’accumulation des stocks croissants dans les forêts russes entre 1988 et 2014 serait de la même amplitude que les pertes nettes de stocks forestiers dans les pays tropicaux. Quant à la séquestration du carbone dans la biomasse vivante des forêts gérées entre 1988 et 2014, elle serait 47% plus importante que ce qui est précisé dans l’inventaire national des gaz à effet de serre.

Ces données soulignent donc un fort potentiel de la forêt russe dans la lutte contre le réchauffement de la planète, jusqu’ici sous-estimé. Mais ces bénéfices pourraient s’atténuer, voire s’annuler, si le climat tend à devenir plus rigoureux, comme cela a déjà été le cas au cours de ces dernières années, tempèrent les auteurs de la publication. "Une collaboration étroite entre la science et la politique serait donc essentielle pour élaborer et mettre en œuvre une gestion forestière adaptative", estiment ces derniers.

"Nous parlons ici du plus grand pays au monde qui abrite la ceinture de forêt circumboréale, très pertinente sur le plan climatique. Imaginez ce que quelques pourcents de plus ou de moins en ce qui concerne la quantité de biomasse forestière disponible et son potentiel de capture du carbone pourraient impliquer au niveau mondial", souligne Florian Kraxner, chef du groupe de recherche sur l’agriculture, la foresterie et les services écosystémiques et co-auteur de l’étude.