Plébiscitée, la lentille verte fragilisée par les aléas climatiques

Plébiscitée, la lentille verte fragilisée par les aléas climatiques.
Plébiscitée, la lentille verte fragilisée par les aléas climatiques. - © annick vanderschelden photograph - Getty Images

"C'est clairement l'une des pires années" : la filière est unanime, la récolte de lentilles vertes a été catastrophique, en raison des conditions climatiques, qui ont fragilisé la croissance de ces légumineuses pourtant plébiscitées par les Français.

"Nous avons récolté trois quintaux par hectare contre huit à dix d'habitude", détaille Thomas Morin, directeur industriel de Sabarot, entreprise basée à Chaspuzac en Haute-Loire (France), qui conditionne la lentille verte du Puy.

Des récoltes annuelles très en dessous de la moyenne

La reine des lentilles vertes bénéficie d'une appellation d'origine protégée (AOP) depuis 2008. Elle est cultivée par près de 900 agriculteurs sur un territoire très restreint, qui profite d'un micro-climat.

Mais les récoltes de cette année sont décevantes. En cause, la sécheresse de l'hiver et du printemps, suivie d'un intense épisode pluvieux au mois de juin, puis d'un été très sec. "La lentille reste une plante fragile, très sensible aux excès climatiques", explique Philippe Boyer, président de l'organisme de défense et de gestion de la lentille verte du Puy.

Chaque gousse contient habituellement deux lentilles : "Cette année, c'était une, voire zéro !", témoigne Paul Dumas, cultivateur bio près de Borne (Haute-Loire) depuis 1976.

Pour Laurent Cordaillat, plusieurs facteurs expliquent cette "annus horribilis". "La première semaine d'avril a été froide, ce qui n'a pas favorisé la croissance des plants. Et puis ensuite, ça a été sec. Les champignons et les pucerons sont apparus bien plus tôt et en bien plus grand nombre que prévu." Résultat, des plants petits, parfois même pas récoltables...

La demande explose, les surfaces cultivées aussi

Pourtant, la demande de lentilles vertes est en augmentation, dans le sillage d'une consommation plus orientée vers les protéines végétales, jugées meilleures pour la santé et l'environnement. Cet effet a été accentué par le confinement, pendant lequel les Français ont massivement consommé des légumes secs.

Reflet de cette tendance, la surface cultivée de lentilles, en majorité vertes, a plus que doublé en France depuis 2015, passant de 17.000 à 37.000 hectares aujourd'hui, selon le site de l'interprofession des huiles et protéines végétales Terres Univia.

"En 5 ans, nos ventes de légumes secs ont augmenté de 50%. Pour cette seule année, nous serons à +10%", précise le directeur industriel de Sabarot.

Pour autant, difficile d'envisager une augmentation des surfaces en Haute-Loire, où les producteurs sont souvent des éleveurs : les sécheresses récurrentes pourraient les pousser à favoriser la production de fourrage pour leurs bêtes, au détriment de la lentille.

"Chez nous, on rempile", assure le Berrichon Laurent Cordaillat. "On ne sait pas si c'est amené à se reproduire... mais on se posera des questions si ça continue..."