Mexique: la révolte "écologique" des Indigènes de Cheran

Cheran s'est doté de son propre contingent de gardes forestiers.
Cheran s'est doté de son propre contingent de gardes forestiers. - © PEDRO PARDO / AFP

Il y a encore dix ans, les forêts de Cheran, dans le sud-ouest du Mexique, flambaient. Depuis la révolte de ses indigènes contre les bûcherons de mèche avec les narcotrafiquants, elles renaissent.

Une lutte à mort qui a permis aux troncs sectionnés puis délibérément carbonisés par ces criminels de renaître de leurs cendres. Mais depuis, les indigènes qui y vivent se sont barricadés.

Le peuple contre les "narcos"

C'est en 2008 que commence la destruction méthodique des forêts de Cheran. A cette époque, les narcos ont intégré le vol de bois dans leur modèle économique.

Les Indigènes ont vite compris qu'ils ne pouvaient pas rester les bras croisés. Fort du mythe de l'épée Purépecha, qui servit à défendre leur territoire, ils se sont organisés. Car à Cheran, la police, l'armée et les politiciens sont invisibles.

Le 15 avril 2011, les cloches de l'église se mirent à sonner. C'était le signal de la révolte. Tous les habitants furent sommés de barrer les accès de la ville aux narcos et à leurs acolytes.

Au début de la révolte, deux indigènes ont trouvé la mort dans des échanges de tirs avec les tueurs, puis six autres les années suivantes. Depuis, les choses ont changé. Cheran s'est doté de son propre contingent de gardes forestiers. La plupart sont armés de fusils de calibre 7.62.

Reboisement écologique

Huit ans après le début du soulèvement, les premiers résultats sont là: les indigènes ont réussi à reboiser plus de la moitié des 12.000 hectares de pins détruits par les gangs.

Parmi les principes "écologiques" appliqués par la communauté indigène, figure en bonne place l'interdiction de cultiver des avocats, avides d'eau. Pourtant très rentable, cette activité peut générer des millions de dollars de chiffre d'affaires annuel du fait de la demande forte des Etats-Unis et du Japon, notamment. Mais ici, qui dit avocat dit trafic de drogue.

"L'avocat, c'est tout le contraire du pin, qui nous donne de l'eau, de l'oxygène", explique Macias.

"Nous sommes désormais sur une pinède en forme d'îlot. C'est notre combat", ajoute-t-il. La tâche est d'autant plus difficile que Michoacan est l'un des plus gros Etats producteurs d'avocats au Mexique.