Mauvaises récoltes et coronavirus : au Pakistan, les producteurs de mangues virent à l'aigre

Un travailleur journalier examine des mangues avant de les emballer dans une ferme de Multan, dans le centre du Pakistan.
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Un travailleur journalier examine des mangues avant de les emballer dans une ferme de Multan, dans le centre du Pakistan. - © Shahid Saeed MIRZA - AFP

Baisse des récoltes, chute de la demande et exportations impactées par le nouveau coronavirus... la mangue connaît une saison noire au Pakistan, la filière luttant désormais pour sa survie après un début d'année désastreux.

Dans la famille de Rana Muhammad Azim, on produit des mangues "depuis des générations". Mais cette année, les récoltes ont été 40% inférieures à la précédente sur ses terres fertiles de Multan (centre), dans la province du Pendjab. La faute à un hiver anormalement long et des pluies décalées dans le temps, qu'il impute au changement climatique.

A cet état de fait naturel se sont ajoutés les tracas liés au nouveau coronavirus. Des semaines de confinement au Pakistan, des pays étrangers qui se referment, des clients qui se perdent... "Nos mangues sont prêtes mais aucun exportateur n'est prêt à prendre le risque de nous les acheter", se lamente M. Azim. "La situation est extrêmement préoccupante pour nous", poursuit-il. "Nous ne pouvons pas payer nos travailleurs journaliers."

La moitié des récoltes perdues

Mohammad Akram, un autre producteur de mangues, assure de son côté avoir perdu "plus de la moitié" de ses récoltes cette année. "Mes coûts de production sont de 500.000 roupies (environ 2.700 euros, une somme importante dans le Pakistan rural). Qui va me les couvrir ?", s'interroge-t-il.

En 2019, le Pakistan a récolté 1,5 million de tonnes de mangues, dont il a exporté 115.000 tonnes pour 80 millions de dollars, faisant du pays le 6e exportateur mondial de ce fruit.

Mais cette année, à peine 80.000 tonnes devraient trouver acquéreurs à l'étranger, estime Waheed Ahmed, un dirigeant de l'Association des importateurs et exportateurs de fruits et légumes du Pakistan, pour qui les industries de transformation, comme celles produisant la pulpe de mangue, subiront aussi des pertes.

Des frontières qui se ferment

En juin, des dizaines de camions remplis de mangues ont été bloqués à la frontière avec l'Iran, où des restrictions ont été imposées pour entraver la propagation du coronavirus. Des centaines de tonnes de fruits non réfrigérés ont ainsi pourri sous 40 degrés.

Un nouveau coup rude pour le Pakistan, où la mangue est reine... et un véhicule diplomatique majeur. A l'entame de la saison des mangues, des milliers de caisses sont envoyées aux décideurs pour s'attirer leurs faveurs. Quelques-unes sont même offertes par Islamabad au Premier ministre indien, malgré la continuelle brouille diplomatique et les trois guerres entre les deux voisins.

"La demande a aussi chuté" au Moyen-Orient, un marché privilégié pour les mangues pakistanaises, du fait de la pandémie, qui a causé des licenciements massifs et le retour au pays de dizaines de milliers de travailleurs d'Asie du Sud, grands consommateurs du fruit sucré, observe M. Ahmed.

De nouveaux modes de distribution

Alors que le marché intérieur génère beaucoup moins de revenus, les producteurs peuvent seulement se consoler en se disant que leurs manguiers ont été épargnés par les criquets pèlerins, dont les pires nuées en 25 ans au Pakistan ont anéanti des récoltes entières de légumes et de coton.

Avec la reprise des vols et l'assouplissement des restrictions aux frontières, ils espèrent augmenter leurs exportations dans la seconde moitié de la saison pour éviter des pertes impossibles à compenser.

"La situation nous a obligés à réfléchir à de nouvelles solutions et à innover", remarque le producteur Muhammad Ali Gardezi, qui a démarré une activité en ligne. A l'ère de la distanciation sociale, les fermes Shah, dont il est copropriétaire, livrent désormais les mangues à domicile pour les gourmands souhaitant éviter les magasins trop fréquentés.