Les vêtements, maille invisible de la soupe de plastique des océans

Les vêtements, maille invisible de la soupe de plastique des océans.
Les vêtements, maille invisible de la soupe de plastique des océans. - © Mr.jakchai Tilakoon / EyeEm - Getty Images/EyeEm

De la banquise aux abysses, les microfibres synthétiques crachées par nos machines à laver sont partout. Nos vêtements sont une source majeure de la pollution plastique des océans, fléau invisible qui peut être attaqué sur plusieurs fronts.

Les ravages des microfibres synthétiques

La chasse aux plastiques a commencé un peu partout dans le monde, pour tenter de réduire les 8 millions de tonnes de plastique qui finissent chaque année dans l'océan, sous forme de gros morceaux ou de microparticules. Mais un des premiers coupables de cette pollution marine est souvent oublié: le textile synthétique, polyester, nylon ou encore acrylique.

Selon les scientifiques, à chaque lavage en machine, des centaines de milliers voire des millions de microfibres partent dans le circuit d'évacuation, dont une partie jusqu'à la mer.

Quel que soit leur volume, les microfibres, comme les autres microplastiques, sont sans doute tout aussi néfastes pour les petits organismes, qui les confondent avec de la nourriture, qu'un sac en plastique pour une tortue. Même si c'est moins facile à prouver dans la nature: "Les preuves disparaissent vite, les individus faibles ou morts sont mangés par d'autres espèces", explique un biologiste marin.

Alors comme lui, des chercheurs tentent d'identifier les conditions dans lesquelles un lavage rejette plus ou moins de microfibres.

Moins de vêtements, moins de lessives!

"Quand vous faites une lessive, vous pouvez réduire l'impact par quelques gestes: 30°C maximum, lessive liquide plutôt que poudre, qui a un effet gommage, pas de sèche-linge", explique Laura Diaz Sanchez, de la Plastic Soup Foundation. Et surtout: "Ne lavez pas autant vos vêtements!", insiste-t-elle, appelant aussi à moins acheter.

Parce que l'industrie textile est très polluante mais aussi parce que des études montrent que les premiers lavages crachent le plus de microfibres.

Mais "nous pouvons arrêter ça", assure Mojca Zupan, fondatrice de la start-up slovène PlanetCare, dont le filtre à installer sur sa machine à laver est soutenu par la Plastic Soup Foundation.

"Votre voiture est équipée de filtres pour l'environnement. Votre machine devrait l'être aussi", plaide la chef d'entreprise, qui participe cette semaine à Paris à la conférence ChangeNow sur les "solutions" pour la planète.

Changer de modèle

D'autres entreprises proposent des balles équipées de picots, des sacs ou autres dispositifs à placer dans le tambour pendant la lessive. "Ça peut être utile pour les gros enchevêtrements, mais pas pour les plus petites fibres", estime Francesca de Falco, chercheuse à l'Institut des polymères, composés et biomatériaux en Italie.

Ou plutôt, "il faut agir simultanément aux différentes étapes de la décharge des microfibres", de la fabrication du textile au traitement des eaux usées, dit-elle

Côté fabrication, chaque matériau synthétique a ses propres propriétés, et la façon dont les fils sont tissés entre aussi en jeu. Certaines marques travaillent d'ailleurs avec des scientifiques pour évaluer la performance de leurs vestes polaires ou de leur T-shirt en élasthanne.

Devrait-on se tourner vers le textile naturel? Pas si simple, répondent les experts, insistant sur l'exemple du coton, gourmand en eau et en pesticides. "Les alternatives naturelles (...) peuvent être chères, avoir leurs propres problèmes environnementaux", souligne Imogen Napper, pour qui le vrai problème est ailleurs. "Nous vivons dans une culture de la 'Fast Fashion'. Quand on réalise le volume de vêtements qu'on achète, ça fait peur..."