Le renouveau de la silphie, plante écologique et résistante à la sécheresse

Sur un champ de la vallée de Dompaire, la silphie, plantée l'an dernier, affiche ses hautes tiges à côté d'une parcelle de maïs à la peine, écrasée par le soleil. "Le maïs est grillé...", soupire Amédée Perrein, gérant du négoce agricole vosgien HADN.

Méthane et alimentation bovine : le retour en grâce auprès des agriculteurs

Plante vivace pouvant atteindre 3,50 m de hauteur et originaire d'Amérique du Nord, la silphie poussait en France jusque dans les années 1960-1970, avant d'être progressivement délaissée.

Surtout destinée à la méthanisation (un procédé de valorisation des effluents d'élevage qui, mélangés à des végétaux, produisent du biogaz puis de l'électricité), elle intègre aussi l'alimentation des ruminants.

En 2019, 160 hectares ont été semés dans les Vosges, en Haute-Saône et Haute-Marne, puis 750 hectares cette année dans 29 départements. Unique distributeur en France des graines de silphie, propriété de deux groupes agricoles allemands, le négoce de M. Perrein dispose de semences pour 3.000 hectares à mettre en terre l'année prochaine.

Semée une seule fois, la plante aux grandes fleurs jaunes se développe chaque année entre le printemps et l'été et ne demande plus guère d'attention pendant au moins 15 ans.

"C'est une économie de charge pour l'agriculteur", qui, outre une fertilisation annuelle, n'a plus ni semis ni labour ni traitements phytosanitaires à réaliser après la première année, souligne Noémie Choffel, conseillère en agronomie à la chambre d'agriculture des Vosges.

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Plant de silphie, cultivé dans l'Est de la France à Dompaire, le 12 août 2020. © PATRICK HERTZOG - AFP/Archives

Du fourrage même en cas de fortes chaleurs

Jean-Luc Bernard, éleveur de bovins, a déjà planté 114 hectares de silphie et prévoit de la semer sur l'ensemble de ses parcelles d'ici à 2021. L'agriculteur de 52 ans a récemment installé un méthaniseur à Dompaire. Le coût d'implantation de la silphie (3.600 euros par hectare) ne l'a pas découragé. "Pour le prix d'un tracteur, on plante de la silphie sur plus de cinquante hectares !", s'exclame-t-il, énumérant les économies en temps de travail réalisées au fil des années.

"En période de sécheresse, la silphie fera moins de rendement qu'une belle année mais elle fera du rendement par rapport aux autres végétaux", explique M. Perrein. "Ce n'est pas la plante miracle", reconnaît-il, mais une première coupe mi-juin "donne aux agriculteurs une sécurité de fourrage avant les gros coups" de sécheresse qui les contraignent à acheter de la paille, explique-t-il.

Autour des grands pétales jaunes de la silphie bourdonnent les abeilles d'une quinzaine de ruches installées par un apiculteur au bord de la parcelle, ce qui réjouit M. Perrein : "C'est une plante très mellifère et un abreuvoir pour les insectes et les oiseaux avec ses feuilles en coupole qui retiennent l'eau".