Le coronavirus, un frein au réchauffement, peut-être de courte durée

Le coronavirus, un frein au réchauffement, peut-être de courte durée
Le coronavirus, un frein au réchauffement, peut-être de courte durée - © Paula Bronstein - Getty Images

Avions cloués au sol, événements annulés, usines arrêtées : le coronavirus pèse sur l’économie mondiale, avec comme corollaire inattendu une chute des émissions de gaz à effet de serre en Chine et ailleurs.

Mais cet effet positif sur l’environnement ne pourrait être que temporaire.

Une bonne nouvelle pour la planète ?

La Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, a vu ses émissions s’effondrer d’au moins un quart entre le 3 février et le 1er mars comparé à 2019, selon une estimation de l’organisme Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA).

Les congés du Nouvel An lunaire, qui tombait le 25 janvier, marquent habituellement une baisse des émissions suivie d’un rebond. Mais cette année, dans un pays mis sous cloche, avec des usines au ralenti ou à l’arrêt, la consommation des centrales à charbon qui alimentent les industries peine à repartir.

La situation fait tache d’huile dans d’autres régions du monde : l’aviation, qui représente environ 2% des émissions mondiales de CO2, connaît une baisse de trafic marquée.

A tel point que le secteur parle d’une situation "presque sans précédent" depuis la crise financière de 2008-2009. Les réservations aériennes vers l'Europe s'effondrent de 79%!

L’urgence climatique exige pourtant une baisse drastique du CO2 : de 45% d’ici 2030 par rapport à 2010 selon les experts de l’Onu (Giec) pour limiter les effets dévastateurs qui menacent des millions de vies humaines et des écosystèmes.

Le risque d’un retour de bâton

En 2008/09, la crise financière avait été suivie d'"un fort rebond (des émissions de CO2) à cause des mesures de relance des gouvernements", rappelle Glen Peters, climatologue au centre de recherche Cicero, sur Twitter. "Il n’y a pas la place en 2020 pour de telles 'mesures', qui appartiennent aux années 1990", explique Li Shuo, porte-parole de Greenpeace Chine.

Pour le chercheur Joeri Rogelj, qui contribue aux travaux du Giec, il ne faut pas crier victoire trop vite.

"Les réductions d’émissions liées au coronavirus ne sont pas structurelles. Elles vont disparaître dès que le transport de biens et de personnes sera rétabli après l’épidémie", prévoit-il.

La Banque centrale américaine (Fed) a déjà réduit ses taux en urgence pour stimuler l’économie, une première depuis la crise de 2008. Les pays du G7, les économies les plus riches du monde, sont prêts à prendre des mesures budgétaires. Pékin a un vaste plan de soutien pour les petites et moyennes entreprises, avec des facilités de crédit.

Le danger est que la crise sanitaire détourne "l’attention du changement climatique et d’autres problèmes à long terme" alors que l’urgence climatique "nécessite une attention sur plusieurs décennies", estime Michael Oppenheimer, de l’université de Princeton. "La seule solution est d’obtenir un engagement ferme à agir" de la part de pays clés, estime-t-il.

Les leçons à tirer de la crise

Pour Amy Myers Jaffe, du groupe de réflexion américain Council on Foreign Relations, il y aura des enseignements positifs à tirer de cette crise sur le long terme, en particulier concernant les "changements d’habitude" et les réductions d’émissions de CO2 qu’elles peuvent entraîner. "80% des biens sont transportés dans le monde par bateau […] Si les chaînes de production sont réduites après le coronavirus, certains avantages en termes de réduction d’émissions pourraient rester", estime-t-elle.

Cette crise est aussi l’occasion pour les entreprises de multiplier le télétravail et les téléconférences. Ceci permettra peut-être de "faire sauter le verrou culturel" qui empêche des employés de recourir à ces technologies, ajoute Amy Myers Jaffe.

"L’épidémie du coronavirus est en partie due au fait que nous avons perdu un équilibre sain entre l’humain et la nature", constate Li Shuo.

Cette maladie, comme le Sras et le Mers avant, serait née dans le monde animal avant de passer aux humains. Pour le porte-parole de Greenpeace, il ne faudrait pas rater cette opportunité de rétablir cet équilibre : "Nous sommes, après tout, déjà dans l’urgence climatique".