La lutte contre le gaspillage alimentaire se cherche un second souffle

La lutte contre le gaspillage alimentaire se cherche un second souffle.
La lutte contre le gaspillage alimentaire se cherche un second souffle. - © Peter Dazeley - Getty Images

"En 2011, j’ai été choquée de devoir jeter des tonnes de concombres pendant une crise sanitaire car plus personne n’en voulait" : comme Angélique Delahaye, maraîchère en Touraine, la filière agroalimentaire a appris à combattre le gaspillage. Elle doit maintenant faire plus.

Grâce à Solaal, qui permet aux associations caritatives de récupérer les invendus des agriculteurs, l’exploitante, aujourd’hui présidente d’une association de dons agricoles, a déjà donné plus d’une dizaine de tonnes de produits cette année.

Les lois et règlements jugés insuffisants

La lutte contre le gaspillage alimentaire, peu médiatisée a significativement progressé ces dernières années. En moyenne, 345 kg de nourriture sont gaspillés par an par personne en Belgique !


Lire aussi : Zéro déchet dans la cuisine : comment s’attaquer à la pièce la plus polluante de la maison ?


Un véritable drame alors que, avant le Covid-19, 9% de la population mondiale souffrait déjà de la faim, selon l'ONU. En Belgique, on estime que le confinement a appauvri une partie des ménages.

Le député de la Mayenne (France) Guillaume Garot, à l'origine de la loi de 2016 qui a permis d'augmenter de presque un quart les dons des supermarchés aux associations, s'apprête d'ailleurs "à déposer une nouvelle proposition de loi". "Les contrôles sont manifestement insuffisants et la qualité des dons est parfois problématique", regrette-t-il. A quand les mêmes lois en Belgique ?

Si notre plat pays n'a pas encore de lois à ce sujet (même si elle devrait), il existe une alternative pour les particuliers : l'application Too Good to Go qui permet de récupérer à moindre prix les denrées alimentaires qui arrivent à échéance et ne peuvent plus être vendues même si elles sont encore consommables.

Un début de prise de conscience chez les producteurs

Au niveau de la production, responsable de 32% du gaspillage alimentaire selon une étude de 2016 de l'Ademe, l'association Solaal organise aussi des glanages solidaires dans les champs où jusqu'à 10% des récoltes ne sont pas toujours ramassées. Via Solaal, qui a redistribué depuis 2013 19.000 tonnes de denrées qui représentent 38 millions de repas, le fabricant de pâtes Alpina vient d'en donner 9,6 tonnes à la Croix-Rouge guyanaise et Lesieur s'apprête à y envoyer 7,3 tonnes d'huile.

Des petites conserveries transforment aussi fruits et légumes pour allonger leur durée d'utilisation. D'autres acteurs montent des restaurants solidaires basés sur la récupération.

Soumis à forte concurrence, les industriels de l'agroalimentaire restent discrets mais certains agissent.


Lire aussi : Quelques gestes suffisent pour mettre 59% d'aliments en moins à la poubelle


L'usine Mousline de Rosières, qui valorise 100% de ses déchets, compte utiliser entre 10 et 12% de tubercules hors calibre. Le fabricant de pâtés Hénaff, qui voudrait valoriser 95% de ses déchets d'ici 2030 contre 87% aujourd'hui, utilise, lui comme biocombustible ses résidus de graisse alimentaire.

Dons, recyclage, destruction : des pistes à développer

La plateforme numérique de la société Comerso rapproche ses 700 clients industriels des associations d’aide. "Deux tiers du gaspillage alimentaire transite entre les entreprises", assure Pierre-Yves Pasquier, son co-fondateur. "C’est un phénomène extrêmement difficile à capter, diffus sur l’ensemble de la chaîne. On sort 60 tonnes des poubelles de nos clients tous les jours."

Enfin, la start-up Phénix "branche", selon son co-fondateur Jean Moreau, les distributeurs (14% du gaspillage) et industriels (21%) aux "consommateurs (19%), associations caritatives et à la filière alimentation animale". Son application, téléchargée 1,2 million de fois, a permis de "sauver 70 millions de repas de la poubelle depuis 2014".


Lire aussi : Buyback Friday : Ikea lance une campagne inédite pour racheter les meubles de ses clients


Arnaud Schwartz, président de l’ONG France Nature Environnement, pointe, lui, en amont le rôle de l’Europe et celui, néfaste, des centrales d’achats, qui imposent massivement "l’esthétique" des fruits et légumes, écartant tous ceux qui s’écartent de la "norme sociale".