L'agroforesterie, une agriculture écologique et créatrice d'emplois

"La meilleure école d'agroforesterie, c'est l'Afrique" : Fabien Balaguer le directeur de l'Association Française d'Agroforesterie (AFA) accompagne les agriculteurs vers cette pratique qui met l'arbre au centre des cultures et incite à recréer des emplois sur les exploitations.

L'agriculture monoculture productiviste, une voie sans issue

"Dans les années 60, on a construit une agriculture standardisée autour de monocultures", dit le jeune ingénieur agronome. Il explique que ce modèle a alors "rendu service" mais au prix fort, appauvrissant les sols et rendant les agriculteurs toujours plus dépendants des engrais chimiques et des pesticides.

Les arbres ont été éliminés, les terres remembrées et les sols laissés à nu après les moissons.

"Après la Seconde Guerre mondiale, on avait 3% de matière organique dans les sols. Aujourd'hui, on est à 1,4%, on a perdu la moitié de stock, c'est-à-dire une grande partie de la fertilité. L'idée de l'agroforesterie, c'est d'inverser cette tendance."

Les arbres préservent la biodiversité et enrichissent les sols

Fabien Balaguer explique qu'en réintégrant "l'arbre dans le système agricole, on produit de la biodiversité" et ainsi, "on reconstitue les sols". La vingtaine d'agronomes et de techniciens de l'Association Française d'Agroforesterie, une structure basée au cœur du Gers à Auch, accompagne les projets partout en France.

Nicolas Petit, lunettes rondes, bermuda, casquette army et chaussures de marche, et son épouse Anne-Marie ont repris cette exploitation au début des années 2000, "pour créer un élevage de volailles"... Mais pas que.

Cet ancien directeur adjoint du magasin Printemps, à Poitiers, suit une formation agricole et le couple investit ses économies dans une ferme au bord de la faillite.

"Les arbres ont été plantés avant tout pour protéger les animaux du soleil, de la pluie et des rapaces", affirme le paysan.

Les bienfaits de l'agroforesterie, les Petit les ont découverts "sur le tas" : "On est parti de la feuille blanche, il n'y avait plus d'arbres et dans les champs, la terre était ravinée à chaque pluie".

Vingt ans plus tard, le néorural est fier du paysage qu'il a créé en plantant 10.000 arbres, "érables, frênes, néfliers, aubépines". Un écosystème biologique où les animaux et les plantes "coopèrent", qui est également "un écosystème économique".

Les exploitations agricoles renouent avec la création d'emplois

"A la Ferme en coton, sur quarante hectares, il y a sept emplois", détaille Fabien Balaguer sur le chemin de cette ferme pilote. "Jusqu'à il y a peu, on considérait que le progrès, c'était l'inverse (de la création d'emplois)", ajoute-t-il.

"On a mis 50.000 euros pour refaire notre fournil, qui est exploité par Clément. C'est un paysan-boulanger, qui produit ses céréales, fabrique sa farine et confectionne des pains qu'il commercialise sur place avec l'aide de Kaena", détaille Nicolas Petit.

Outre ces deux emplois, il y a "Pauline et Victor qui font du maraîchage" à la ferme et assistent Nicolas Petit pour certaines tâches. Enfin, une cinquième personne l'aide "pour les travaux mécaniques avec le vieux tracteur".

Quant à Anne-Marie Petit, elle fait "de la médiation animale" avec les poules, les cochons ou l'âne auprès "d'enfants ou d'adultes handicapés".

Les "maladroits" font désormais la fierté des communes rurales

Autre exemple, à une trentaine de kilomètres de là, sur moins de 5 hectares, Grégoire et Guillaume, deux jeunes maraîchers, ont réussi à tirer deux revenus de leur micro-exploitation.

Il y a quatre ans, Grégoire termine sa formation d'ingénieur agronome par un stage à l'AFA après deux années de terrain au Brésil. Après cette expérience, il fait une rencontre déterminante : Guillaume, un jardinier, fils d'un agriculteur du village, avec qui il décide de s'associer pour faire "du maraîchage en plein champ".

"Le but, c'était de recréer des écosystème champêtres", dit Grégoire au milieu des trames d'arbres qui organisent les rangs de légumineuses.

Eux aussi commercialisent directement leurs productions dans un espace de vente qu'ils ont créé. Ils y proposent aussi bières, miels, huiles, tisanes, plants et sont en train de développer une gamme de produits de "gemmothérapie", des huiles essentielles à bases de bourgeons.

Les deux jeunes gens s'amusent du regard des anciens, qui a radicalement changé en trois ans. "Au début, ils nous appelaient les 'mawagits', les maladroits en patois local. Maintenant, ils nous achètent nos légumes... On a gardé ce nom pour notre exploitation."