"Hérésie agronomique" vs "unique alternative": faut-il interdire totalement le glyphosate?

"Hérésie agronomique" vs "unique alternative": faut-il interdire totalement le glyphosate?
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Pour ses dangers potentiels sur l'homme et l'environnement, le glyphosate défraie la chronique. Vincent, ingénieur agronome, et Benoît, paysan agronome bio, donnent leur avis sur ce désherbant.

 

Le glyphosate, sans risques?

"Je n'ai pas peur d'utiliser du glyphosate", explique Vincent, agriculteur et ingénieur agronome. Se qualifiant de "professionnel de l'utilisation des produits phytosanitaires", il maintient que cet insecticide ne présente que peu de risques tant que les conditions d'application sont dûment respectées. En effet, l'agriculteur fait confiance aux agences sanitaires chargées d'évaluer les dangers potentiels pour l'homme et son environnement.

Pour Vincent, aucune alternative chimique au glyphosate n'est proposée par le marché, d'où la nécessité de maintenir cet herbicide dans le commerce. Il avance que le seul moyen alternatif serait l'emploi de tracteurs spécifiques. Mais ce procédé n’est pas sans failles car il exige une forte consommation de carburant et de nombreuses heures de labeur.

Aussi, l'ingénieur agronome déplore que l'on soit forcé de courir après des interdictions qu'il juge peu compréhensibles. Selon lui, il faudrait davantage évoquer "les belles choses de l'agriculture".

 

Une alternative possible?

"Sur le plan agronomique, ça reste une hérésie", soutient Benoît pour qualifier le glyphosate. Le paysan agronome bio rappelle que ce produit est "potentiellement cancérogène" et qu'il doit susciter la vigilance. "Ce sont des molécules de ce type-là qui effacent la biodiversité, qui participent au changement climatique", relève Benoît.

Pour lui, on peut s'affranchir totalement du glyphosate en adoptant des alternatives agronomiques. Il cite notamment "le mélange de culture" ou la pratique du "semis direct", c'est-à-dire l'introduction directe de graines sans travail du sol préalable. Selon Benoît, différentes réponses peuvent être mises en œuvre afin d'en finir avec l'emploi du glyphosate, mais aussi de tous les pesticides.

En effet, il serait réducteur d'évoquer seulement le glyphosate, qui n'est qu'un "cas d'école", et il faut pointer tous les produits chimiques destinés à l'agriculture. "On ne peut pas continuer sur la voie de la dépendance aux pesticides", maintient le paysan agronome.