Faut-il instaurer des "quotas carbone individuels" dans les pays riches ?

Fixer un seuil d'émissions de carbone par personne, à l'échelle d'un pays. Si l'idée n'est pas nouvelle, elle n'a jamais été réellement mise en application. Mais une équipe internationale de chercheurs estime que l'amplification de la crise climatique, les progrès technologiques et le contexte de pandémie sont particulièrement propices pour tester ce type de mesure.

Né dans les années 90, le concept n'a jamais été mis en application

L'idée remonterait même aux années 90. À l'époque, on considérait que ce quota pouvait couvrir environ 40% des émissions de carbone liées à l'énergie dans les pays à revenu élevé pour des activités comme les déplacements, le mode de chauffage et la consommation d'eau et d'électricité. 

Jugée trop restrictive, coûteuse, susceptible de creuser les inégalités socio-économiques ou encore difficile à mettre en place, aucune mesure de ce type n'a toutefois été mise en place.

Qu'en est-il aujourd'hui ? Une étude parue par des chercheurs originaires de Suède, du Royaume-Uni et d'Israël et publiée la semaine dernière dans Nature Sustainability suggère que le moment est peut-être venu de l'appliquer.

D'une part parce que la crise climatique risque de fortement s'aggraver, comme le prédit le sixième rapport du Giec publié mi-août. Et d'autre part, en raison des changements de comportement personnel et d'éveil écologique depuis l'arrivée du Covid-19.

Les individus impuissants face à l'urgence climatique

L'étude  s'intéresse plus précisément au fossé qui subsiste entre les politiques publiques et le comportement individuel qui en résulte dans les pays riches, qui sont par ailleurs les grands plus émetteurs de carbone dans le monde.

"Les gens assistent impuissants aux incendies de forêts, aux inondations et à la pandémie qui font des ravages dans la société mais ils n'ont pas le pouvoir de modifier le cours des événements", estime Francesco Fuso Nerini, professeur associé à l'École royale polytechnique de Stockholm (KTH), qui a dirigé les travaux.

Les chercheurs ont conçu des principes de conception pour s'assurer que les quotas de carbone individuels profiteraient à toutes les nations en termes de croissance économique, de création d'emplois, d'amélioration de l'éducation et de protection des droits humains, conformément aux objectifs de développement durable fixés par les Nations unies.

Le citoyen acteur et responsable grâce à un système de bonus/malus

"Les quotas climatiques personnels appliqueraient une approche basée sur le marché, offrant des incitations et des options personnelles qui lient leurs actions aux objectifs mondiaux de réduction du carbone", explique le Pr Fuso Nerini. 

"Il ne s'agit pas de transférer la responsabilité des gouvernements et des grandes industries aux individus mais plutôt de faire participer les individus à l'effort."

Les chercheurs estiment par ailleurs que les progrès technologiques opérés ces dernières années, notamment en matière d'intelligence artificielle, pourraient faciliter la mise en place de ces quotas carbone et les rendre plus "attractifs" aux yeux du grand public et des décideurs politiques. Par exemple en déployant des applications smartphone qui mesurent en temps réel nos émissions de carbone.