Faut-il croire les GAFAM quand ils nous parlent d'écologie ?

Fin octobre, le géant Amazon a fait parler de lui avec le lancement européen de "Climate Pledge Friendly", un label regroupant des objets certifiés "écoresponsables" vendus sur sa plateforme. Le site propose des produits divers et variés (shampoings solides, vêtements biologiques pour enfants, cosmétiques bio..). 

Au total, plus de 40.000 articles, estampillés des certificats provenant de programmes tels que Fairtrade International ou Carbon Trust, y sont recensés. Une volonté de la part d'Amazon de guider les consommateurs et de les inciter à réaliser des achats plus respectueux de l'environnement.

Amazon détruit des produits neufs

Un bel effort en apparence, qui représente toutefois une goutte d'eau dans la mer selon des militants britanniques de l'ONG Greenpeace, ces derniers rappelant que la plateforme Amazon expédie entre 4 et 5 milliards de colis par an dans le monde entier. 

"Amazon admet implicitement que le reste de son modèle commercial n'est pas à la hauteur. Les crises environnementales et climatiques auxquelles nous sommes confrontés exigent plus que des gestes symboliques et des actions au coup par coup", estime Will McCallum, responsable de la campagne de Greenpeace UK, sollicité par le journal anglais The Guardian. 

Point de vue partagé par Frédéric Bordage, fondateur du collectif d'experts GreenIT : "Amazon détruit les produits retournés par les clients quand cela coûte moins cher. Vendre des produits écoresponsables et faire perdurer ces pratiques pose problème. Vous pouvez faire ce que vous voulez à côté mais à partir du moment où on détruit du neuf, la portée de l'action est moindre", considère ce spécialiste français du numérique responsable, contacté par ETX Studio. 

Objectif "zéro carbone" pour Google, Apple et Microsoft

Amazon n'est pas la seule entreprise issue des GAFAM à avoir récemment pris une initiative en faveur de l'environnement. Le 15 septembre dernier, Facebook a lancé un "centre d'informations" entièrement dédié au climat. Une nouvelle fonctionnalité propose également aux utilisateurs du réseau social de se lancer des défis pour adopter une démarche écoresponsable. 

"On peut dire : 'super, ça fait avancer les choses !'. Mais n'oublions pas que le modèle économique de Facebook se base sur notre temps de cerveau disponible et de nos données. Plus vous passez du temps sur Facebook, plus le réseau social dresse votre profil et plus il gagne de l'argent', avertit Frédéric Bordage.

"Or ce qui crée l'impact négatif du numérique sur l'environnement dépend directement du temps que l'on passe sur nos écrans", ajoute-t-il. 

À la même période, le moteur de recherche Google affichait son ambition de "devenir la première grande entreprise mondiale à fonctionner avec une énergie sans carbone" d'ici 2030. Des objectifs également visés par Facebook, Apple et Microsoft. 

"Les GAFAM ne se focalisent que sur un seul aspect de la crise environnementale"

Pour Frédéric Bordage, ces annonces - aussi ambitieuses soient-elles - sont toutefois loin de s'attaquer au problème dans sa globalité. "La crise environnementale que nous traversons est similaire au fond d'une barque aux trous multiples : épuisement des ressources halieutiques, réchauffement climatique, écroulement de la biodiversité... Les GAFAM focalisent l'attention sur un seul trou mais oublient les autres. Donc, quand Google annonce qu'il veut passer au zéro carbone, cela signifie qu'il s'attaque à une cause de la crise environnementale, celle du climat, mais néglige du même coup toutes les autres". 

L'expert souligne également une ambiguïté dans le discours des GAFAM, qui vont mener des actions concrètes en faveur de l'environnement qui sont toutefois anecdotiques par rapport à leur volume d'activité. À l'instar d'Amazon donc qui lance son label "écolo" tout en continuant de détruire ses produits invendus. 

"Ce qui serait vraiment responsable de la part des GAFAM, estime le fondateur de Green IT, c'est de revoir leur modèle économique. Ce qui n'est pas facile, bien sûr, ne leur jetons pas la pierre trop facilement. Mais peut-être que la première chose à faire serait d'arrêter de nous parler uniquement du climat mais bien de toutes les crises environnementales, qui sont interdépendantes. Y compris de l'empreinte carbone du numérique et de l'utilisation des métaux rares pour fabriquer nos appareils", insiste Frédéric Bordage. 

Entre juillet et septembre 2020, le chiffre d'affaires cumulé des GAFAM s'élève à 265 milliards de dollars.