Environnement : le bâtiment au défi de réduire ses émissions

Environnement: le bâtiment au défi de réduire ses émissions.
Environnement: le bâtiment au défi de réduire ses émissions. - © ViktorCap/Getty Images

Alors que le bâtiment mondial n'a jamais autant émis de gaz à effet de serre, des géants comme Bouygues et Vinci promettent de faire beaucoup mieux.

Mais pour l'ensemble d'un secteur très éparpillé, le défi représente de lourdes contraintes économiques.

Un coût environnemental exorbitant

"Les émissions de CO2 du secteur du bâtiment ont atteint un niveau jamais vu", a prévenu l'ONU dans un rapport annuel sur le sujet, après un constat semblable un an plus tôt. Au total, les Nations unies estiment que le secteur a émis en 2019 dix milliards de tonnes de CO2. Ce dernier est le principal gaz à effet de serre, dont la présence dans l'atmosphère contribue au réchauffement climatique

Plusieurs pays, dont les membres de l'Union européenne, se sont engagés à atteindre d'ici à 2050 la "neutralité carbone", c'est-à-dire ne pas émettre plus de CO2 qu'ils n'en consomment, au terme d'un accord international signé voici cinq ans, celui de Paris.

Mais, à son rythme actuel de consommation d'énergie, le monde du bâtiment en sera loin. L'ONU estime qu'il devrait bien plus accélérer ses efforts, même si ces derniers sont déjà notables. "En 2019, pour la première fois depuis trois ans, les investissements ont augmenté en matière de bâtiments à faible consommation d'énergie", bien qu'ils ne représentent toujours qu'une part marginale.

Vinci et Bouyges font lentement bouger les lignes

Dans ce contexte, ces derniers mois, plusieurs géants du secteur se sont engagés à moins polluer lors de la décennie qui s'ouvre.

En début d'année, c'était Vinci qui promettait de réduire ses émissions de CO2 de 40% d'ici à 2030, promettant d'y consacrer plusieurs centaines de millions d'euros d'investissement.

Bouygues vient d'annoncer des objectifs proches. A la même échéance, il promet de réduire de 30% les émissions directes de sa filiale de travaux routiers et ferroviaires, Colas, et de 40% celles de ses autres activités de construction.

"Les choses ne se mettent pas suffisamment vite en place donc nous considérons qu'il est de la responsabilité des acteurs économiques de proposer un certain nombre de mesures pour restreindre notre empreinte CO2", a expliqué Olivier Roussat, numéro deux du groupe, lors d'une conférence.

Les ambitions du groupe passent par exemple par l'utilisation accrue de béton à la fabrication moins polluante. Généralement, il faut utiliser du ciment produit en faisant chauffer des matériaux à des températures extrêmement hautes, donc en recourant à beaucoup de combustible.

Les réticences économiques d'un secteur extrêmement concurrentiel

Mais Bouygues et Vinci ne constituent qu'une vitrine du secteur. Derrière ces deux groupes, qui font partie du CAC 40 et réalisent des dizaines de milliards d'euros de chiffre d'affaires, l'univers du bâtiment est éclaté en une myriade d'acteurs plus ou moins gros.

Ils manifestent souvent moins d'enthousiasme à se fixer des objectifs environnementaux, qui reviennent à s'imposer des contraintes coûteuses dans un univers où les marges sont rarement florissantes.

En France, le bâtiment grogne notamment face à l'introduction l'an prochain de nouvelles normes sur les bâtiments neufs. Détaillée fin novembre, cette réglementation, dite RE 2020, vise à faire baisser d'au moins 30% les émissions de CO2 de tout le secteur en dix ans.