En Suède, le "seconde main" trouve son premier centre commercial

Dans cette ville ouvrière à une heure de train de Stockholm, ce centre de 5000 mètres carrés baptisé "ReTuna", détenu par la commune et qui emploie entre 50 et 65 personnes, est à l’image d’une ville qui s’est tournée vers l’écologie dès les années 1990 pour se réinventer.

"Nous sommes une ville traditionnellement industrielle, nous avons eu des difficultés et nous avons dû trouver un moyen de renforcer la confiance et prendre nos responsabilités" afin de faire d’Eskilstuna "une ville industrielle moderne", explique le maire social-démocrate Jimmy Jansson.

Le royaume de la récup'

Désigné "premier centre commercial au monde entièrement destiné aux produits réparés, recyclés et restaurés" par le Guinness des records 2020, ReTuna a été inauguré en 2015.

Encore loin des mastodontes de la grande consommation classique, le complexe attire tout de même 250.000 à 300.000 visiteurs chaque année, au profil de plus en plus "mainstream", selon Anna Bergström.

Sur deux étages, boutique de matériel informatique, librairie, jouets pour enfants, magasin d’ameublement, "vous pouvez faire tous les achats que vous faites d’habitude dans un magasin ordinaire", assure la responsable, en faisant visiter les enseignes colorées où règne la légère odeur caractéristique des objets usés.

En plus du shopping, ReTuna propose également une formation supérieure d’un an en "recycle design", le design de produits recyclés.

La "honte d’acheter du neuf"

Au pays du "köpskam" (la honte d’acheter du neuf), cousin du tout aussi écolo "flygskam" (la honte de prendre l’avion), le seconde main devient légion. Le pays nordique a déjà une longue tradition de magasins d’occasion mais ReTuna en est le symbole.

Si elle n’est pas exempte de contradictions, avec ses géants de l’habillement low cost (H&M) et du meuble en kit (Ikea), la Suède entend être un modèle écologique pour le monde et devenir l’une des premières nations neutre en carbone à l’horizon 2045, probablement après le Costa Rica.

A cette échéance, Eskilstuna veut, elle, capter plus de CO2 qu’elle n’en émet et être indépendante des énergies fossiles. Dotée d’un centre de tri à la pointe de la technologie, la ville recycle ou transforme déjà en énergie tous ses déchets.

Des objectifs environnementaux ambitieux

Mais derrière cette vitrine, la ville verte cache aussi ses faiblesses, à commencer par la place encore omniprésente de la voiture. Sur les routes, aux abords des trottoirs, sur les parkings… y compris celui de ReTuna.

Si les bus du centre-ville fonctionnent déjà au biogaz, "il reste beaucoup de choses à faire pour réduire les émissions de dioxyde de carbone", reconnaît le maire.

Le chômage, plus élevé que la moyenne nationale, n’a pas non plus sensiblement baissé ces dernières années.

La ville, où siègent la branche équipement de construction de Volvo ou encore le géant de l’inox, le Finlandais Outokumpu, s’est dotée en 2012 d’un "plan climatique 2020" pour devenir neutre en gaz à effet de serre, complété en 2016 par une liste de "50 promesses environnementales" allant du développement des énergies renouvelables à celui des pistes cyclables.

Mais "de nombreux objectifs n’ont pas été atteints", ont tempêté les Verts, qui siègent dans l’opposition, dans une tribune publiée en début d’année. Ils demandent à la ville d’accélérer le tempo pour atteindre l’objectif national de neutralité carbone.