Des Moscovites se rebellent contre un projet "fou" de route sur un site radioactif

Des Moscovites se rebellent contre un projet "fou" de route sur un site radioactif
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Des Moscovites se rebellent contre un projet "fou" de route sur un site radioactif - © KIRILL KUDRYAVTSEV - AFP

Armé d’un smartphone équipé d’un dosimètre au bout d’une perche à selfie, l’activiste Andreï Ojarovski fait la chasse aux rayons gamma.

L’appareil se met à biper, les chiffres augmentent, passent au jaune puis au rouge.

Trois fois le taux naturel ambiant

Ce terrain boisé de la ville de Moscou, jouxtant une plate-forme de train très fréquentée et situé à moins de 200 mètres de grands immeubles d'habitation, est parsemé de zones de radioactivité élevée.

Depuis des semaines, des riverains et des militants comme M. Ojarovski se mobilisent contre le projet de construction d'une autoroute à huit voies justement sur cette colline, où ont été enterrés des déchets nucléaires soviétiques jusque dans les années septante.

"Dès qu'on enlève la couche en surface, les niveaux enregistrés sont élevés. Cela veut dire que nous sommes sur une pile de déchets radioactifs", ajoute-t-il

Le dosimètre grimpe à plus d'un 1 microsieverts/heure, plus de trois fois le niveau de rayonnement ambiant naturel. Ce niveau n'est pas nocif pour la santé mais il indique que des doses plus élevées se trouvent sous la terre et pourraient se répandre et nuire à la santé des habitants, affirme M. Ojarovski.

Selon les règles de construction russes, des inspections supplémentaires sont obligatoires si un niveau supérieur à 0,6 microsieverts/heure est mesuré. Mais selon des documents publiés en février sur le projet d'autoroute (une parmi quatre routes prévues par l'influent maire Sergueï Sobianine), "aucune contamination radioactive n'a été trouvée".

On jetait simplement les déchets radioactifs

La nouvelle autoroute doit traverser dix quartiers en enjambant la Moskova pour relier des zones périphériques en évitant le centre de la mégapole de 12 millions d'habitants.

Sur cette colline, la pollution radioactive provient d'une ancienne usine soviétique qui faisait jusque dans les années 1970 de l'extraction de thorium, élément radioactif destiné aux réacteurs nucléaires de l'époque.

Des années avant la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986), lorsque les risques des radiations étaient sous-estimés, l'usine rejetait simplement ses déchets sur la colline adjacente, qui descendait vers la rivière.

Ce terrain, où gisent dispersés les déchets sans aucune indication, est, depuis, passé dans le giron de la ville de Moscou, dont le maire tient à développer rapidement les zones négligées.

Les riverains se mobilisent

"Nous sommes extrêmement préoccupés", affirme Ivan Kondratiev, activiste. Toucher au terrain de la colline "va répandre (la pollution radioactive) sous forme de particules et gouttelettes et nuire à la santé des gens", affirme-t-il, debout à côté d'une base érigée par des riverains pour surveiller le site en permanence et empêcher le début des travaux.

Sur la chaîne Telegram alimentée par les militants, des centaines de personnes suivent les événements, prêts à se rendre sur place pour bloquer les travaux si besoin.

Fin janvier, le maire a admis pour la première fois que la colline contenait bien des "déchets radioactifs" mais a assuré qu'il n'y avait que des "traces de contamination insignifiantes" sur le tracé de l'autoroute, "n’interférant pas avec la construction".

"C'est une approche complètement immature", s'indigne M. Kondratiev, affirmant que la mairie ne fournit aucun chiffre, après avoir nié pendant des mois la dangerosité du site.

David contre Goliath

Les militants demandent que le projet soit gelé le temps qu'une nouvelle expertise soit réalisée.

Greenpeace Russie a déposé un recours pour faire reconnaître comme nulle l'étude initiale ayant conclu à une absence de traces de radioactivité sur place. La construction de l'autoroute déterrerait une quantité "imprévisible" de radiation, et des poussières radioactives "se répandraient sur des distances considérables", a affirmé Greenpeace dans la requête, qui devrait être entendue début avril.

Mais la ville est peu susceptible de bloquer longtemps ce projet phare: les travaux pour cette route de 28 km battent déjà leur plein de l'autre côté de la rivière.

La riveraine Elena Agueïeva affirme qu'elle se battra "jusqu'au bout" pour empêcher un projet qu'elle estime dangereux pour sa famille. "Nous serons les premiers frappés par ce qu'ils déterreront", affirme-t-elle, dénonçant un "projet fou": "Nous ne pouvons pas permettre qu'une catastrophe environnementale se produise dans la ville".