Contre l'obsolescence programmée, un électroménager réparable à vie

Une petite entreprise toulousaine lance cet été une bouilloire réparable "à l'infini" avant de fabriquer d'autres électroménagers durables et lutter ainsi contre l'obsolescence programmée.

Quand réparer coûte plus cher que remplacer

Le projet est né il y a plusieurs années d'une expérience assez banale avec un lave-linge, raconte Jacques Ravinet, cofondateur de Kippit (de l'anglais "keep it", "gardez-le/la"), debout, bouilloire à la main, au milieu du petit magasin de la société, dans un quartier populaire de Toulouse.

"Kareen, avec qui on a fondé Kippit, était déjà à l'époque mon associée dans un institut de sondages qui marchait bien. Un jour, un réparateur lui a expliqué qu'il coûtait plus cher de changer la carte mémoire de sa machine à laver que d'en racheter une toute neuve. Ça a été un choc. On a réalisé que c'était complètement dingue !"

Ils décident de fabriquer de l'électroménager durable peu consommateur d'énergie, peu polluant et sans technologie superflue, afin de rendre son utilisation plus facile.

Ils se proposent aussi d'accorder des conditions de travail et des salaires corrects aux personnes qui les produisent, y compris quand ils font appel à des sous-traitants.

Une bouilloire électrique facile à démonter et à réparer

Au départ, ils tentent de concevoir un lave-linge. Face à la complexité de la tâche pour des débutants, ils préfèrent commencer par un appareil plus simple à démonter et à réparer, y compris par les usagers eux-mêmes.

Leur bouilloire, dont la plupart des pièces sont fabriquées en France, peut aussi servir, grâce à des accessoires, à faire des pâtes ou des lentilles, à cuire à la vapeur, à préparer du thé ou à chauffer au bain-marie.

Construite essentiellement en inox produit à Grenoble, sa part de plastique, fabriquée en Occitanie, a été réduite au minimum rendu nécessaire par les normes en matière d'isolation des composants électriques, tout en évitant qu'il soit en contact avec l'eau qui chauffe.

Seuls quelques éléments électriques ou électroniques du système de chauffe sont faits en Chine ou au Maroc car selon Kippit, il est pour l'instant impossible de les faire fabriquer en France.

Alors que quelque deux millions de bouilloires sont vendues en France chaque année, la société toulousaine espère en vendre 20.000.

D'autres projets sont déjà à l'étude

Par la suite, Kippit compte lancer un grille-pain, également multifonctions, puis un lave-linge. Derrière le magasin, dans un petit atelier, deux machines à laver expérimentales à moitié démontées témoignent du travail en ce sens.

"Il est beaucoup plus difficile de rendre totalement démontable un lave-linge. Il y a beaucoup plus de pièces et c'est beaucoup plus complexe qu'une bouilloire", explique, tournevis à la main, Nicolas Salva, l'ingénieur responsable de l'industrialisation chez Kippit.

A le voir à l’œuvre, on a l'impression que démonter la bouilloire est assez simple. En quelques instants, à l'aide de ce tournevis standard, il a accès à de nombreuses pièces qui semblent faciles à changer rapidement.

La satisfaction d'un travail qui a du "sens"

Reste à savoir si un consommateur peu adepte du bricolage pourrait faire de même : "En tout cas, il aura tout à sa disposition pour essayer. Tous nos plans seront libres d'accès". Autrement, il pourra demander de l'aide et, bien entendu, obtenir les pièces de rechange chez Kippit.

Tout comme Jacques Ravinet, Nicolas Salva souligne l'importance pour lui de faire un travail "qui a du sens" et apprécie le fait de se sentir utile à la société en le faisant.

Ils se sont aussi sentis soutenus par le succès de leur campagne de financement participatif de 2020. Après un peu plus d'un mois, Kippit a récolté 245.000 euros alors que son objectif affiché n'était que de 10.000 euros.

Par la suite, vers la fin de l'année dernière, Kippit a ouvert son capital à deux fonds "à impact", Seed I et France Active, ainsi qu'à une centaine de "Kipp'actionnaires" individuels.