Comment la captivité peut-elle sauver des espèces proches de l'extinction ?

A Golden Lion Tamarin
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A Golden Lion Tamarin - © MOAimage - Getty Images

Il n’y a pas toujours que du négatif dans l’intervention humaine. Même si le problème de base est justement cette intervention négative, il y a également des hommes et des femmes qui se battent pour sauver des espèces presque éteintes par les activités d’autres hommes et femmes.

Diego par exemple, une tortue de 130 ans, a fait la une des journaux cette année, quand on a appris que sa vie sexuelle prolifique avait aidé à sauver toute son espèce de l’extinction à l’état sauvage. Il a été envoyé depuis le zoo de San Diego aux îles Galapagos pour relancer son espèce en très grand danger. Après son passage, ce sont plus de 2000 individus qui peuvent désormais relancer l’espèce dont 800 seraient ses enfants directs.

Diego fait partie d’un programme d’élevage en captivité où les espèce menacées à l'état sauvage et qui se trouvent dans les zoos (ou autres installations) sont encouragées à se reproduire pour ensuite libérer leur progéniture dans la nature pour faire revivre les populations qui sont à bout de souffle.

Les espèces sauvages ont chuté de 68% en 40 ans

Les populations mondiales d'espèces sauvages ont chuté de 68% en moyenne en un peu plus de quatre décennies, a averti le Fonds mondial pour la nature dans un rapport publié la semaine dernière. Les raisons sont nombreuses : la perte d'habitat, au changement climatique et au commerce illégal d'espèces sauvages, etc.

Depuis quelques années cependant, les programmes d'élevage en captivité deviennent de plus en plus courants d'après Lesley Dickie, PDG du Durrell Wildlife Conservation Trust, une organisation caritative britannique fondée pour sauver les espèces de l'extinction. Selon lui, ces programmes offrent une ultime chance de sauver une espèce qui s'est éteinte dans la nature, ou dont le nombre est trop petit pour soutenir une population sauvage.

Mais un élevage en captivité réussi n'est pas simple.

En effet, il existe un risque que le retrait des animaux de leur habitat naturel nuise à la population sauvage restante, réduisant sa diversité génétique et diminuant ses taux de survie. De plus, la consanguinité peut être un problème et les animaux captifs peuvent introduire des maladies infectieuses dans la nature. Ensuite, il faut que les animaux relâchés dans la nature sachent se débrouiller seuls dans un environnement inconnu. Rachel Plotkin, spécialiste de la faune à la Fondation David Suzuki, une organisation environnementale basée au Canada ajoute également que certaines initiatives de sélection peuvent ne pas fonctionner si elles ne sont pas combinées avec un maintient de l'habitat qui est souvent dégradé ou annihilé, ce qui est à l'origine du déclin d'une espèce.

Trois exemples d’espèces sauvées grâce à l’intervention de l’homme

Il est pourtant clair que certaines initiatives ont réussi et que des animaux sauvages auraient disparu sans l’aide de ces programmes.

Le Tamarin-lion doré

Dans les années 60 et 70, ce petit singe était au bord de l’extinction. On ne peut le trouver que dans l’état de Rio de Janeiro, au Brésil. La cause de sa 'presque-extinction' est une combinaison de déforestation et de brûlis et du commerce des animaux de compagnie. Il ne restait plus que quelques centaines d’individus, jusqu’à ce que près de 150 zoos unissent leurs forces pour sauver l’espèce. Ils ont lancé un programme mondial d’élevage en captivité qui, combiné aux efforts des défenseurs de l’environnement brésiliens pour protéger sa forêt, a contribué à augmenter le nombre de tamarins lions dorés sauvages à plus de 3500 !

Le Cheval de Przewalski

Un parent éloigné du cheval commun, ce cheval sauvage court et trapu parcourait les prairies d’Asie centrale depuis des siècles mais la perte de leur habitat et la chasse dans les années 1960 l’ont totalement éteint à l’état sauvage. Il restait quelques chevaux de Przewalski dans certains zoos et, en 1977, la Fondation pour la préservation et la protection du cheval de Przewalski a démarré un échange de chevaux entre les zoos, dans le but d’améliorer la diversité génétique des individus.

En 1992, 16 chevaux ont été relâchés dans la nature en Mongolie et ils ont depuis été réintroduits en Chine et au Kazakhstan. Une population vit même dans la zone d’exclusion de Tchernobyl avec de nombreuses autres espèces qui profitent d’un habitat dépeuplé.

Ils sont maintenant classés comme "en voie de disparition", avec environ 2000 vivant à l’état sauvage. Selon le zoo de San Diego, interviewé par CNN, qui a dirigé les efforts de reproduction, tous les chevaux de Przewalski vivants aujourd’hui descendent de 14 individus capturés au début du XXe siècle. Les scientifiques ont récemment cloné un cheval de Przewalski pour la première fois, dans l’espoir d’améliorer la diversité génétique de la population sauvage.

La tortue géante des Galapagos

Dans les années 1960, la population de tortues géantes d’Española, l’une des îles Galapagos, au large de l’Équateur, a été réduite à seulement 15 individus. Dans les 10 années suivantes, toutes les tortues survivantes ont été emmenées dans un centre d’élevage en captivité sur l’île voisine de Santa Cruz dans le but de repeupler l’espèce.

Depuis, plus de 2000 tortues élevées au centre ont été renvoyées sur leur île natale. Diego, qui a été transféré du zoo de San Diego à l’île de Santa Cruz pour rejoindre le programme d’élevage, aurait engendré environ 800 tortues, représentant 40% de la population actuelle.