Ces 8 femmes qui se sont fait voler le Nobel par un homme

De nombreux prix Nobel ont été décernés à ceux et celles qui ont apporté leur pierre à l’édifice, à l’Humanité et ce, depuis 1901. Des représentants, des chercheurs dans les domaines de la science, de la médecine, de la physique, de la chimie, de la littérature ou encore de la paix ont été couronnés de ce titre honorifique conformément aux vœux de l’inventeur de la dynamite : Alfred Nobel. Il en est ainsi chaque année, un homme ou une femme se voit attitrer "Prix Nobel".

9 images
© Getty Images – Alfred NOBEL

Quand on dit à "ceux et celles" qui ont opéré des découvertes majeures, nous devrions davantage parler de "ceux", de ces hommes à qui le titre a été décerné en volant parfois la vedette à ces illustres femmes restées dans l’ombre et qui sont pourtant à l’origine de découvertes majeures.

Depuis sa première attribution en 1901, seules 49 femmes se sont vues récompensées du prix Nobel, contre 833 hommes comme relaté dans l’article de dailygeekshow.com. Les femmes étant majoritairement reconnues pour leurs travaux et leurs implications dans les domaines de la paix et de la littérature, elles n’avaient que trop rarement accès au domaine scientifique au début du XXe siècle.


Lire aussi : Prix Nobel : au-delà du prestige, à quoi ça sert ?


Quelles sont ces femmes auxquelles on a volé la vedette ? Quelles sont ces femmes oubliées, restées dans l’ombre et qui ont pourtant transcendé l’Humanité ? Mettons-les en lumière en leur dédiant ces quelques lignes à leur honneur, à leur histoire afin de réhabiliter ces femmes dans la mémoire collective.

Lise Meitner – La fission nucléaire

9 images
Lise Meitner, Physikerin, sterreich, mit Fr. Karlik © Getty Images

"Lise Meitner, reconnue par ses pairs, reste l’un des plus célèbres ratés du comité Nobel", c’est en ces mots forts que le site Futura Sciences tourne la page sur l’histoire de cette remarquable physicienne restée dans l’ombre.

Lise Meitner est née en 1878 en Autriche et décédera à l’âge de 90 ans. C’est en 1938 qu’elle découvrira la fission nucléaire. La jeune femme s’intéresse rapidement à la physique puis à la radioactivité et à la structure du noyau atomique. Elle se fera remarquer à l’Université de Berlin par Max Planck et par Otto Hahn qui sera son ami de toujours. Comme le dit Futura-sciences : "Elle participera ainsi à la course visant à réaliser un élément plus lourd que l’uranium en faisant absorber des neutrons par son noyau". L’ensemble de ses travaux contribueront à ce mouvement qui révélera la fission nucléaire, à savoir l’éclatement d’un noyau instable en deux noyaux plus légers et quelques particules élémentaires.

En 1938, Lise Meitner en sa qualité de Juive est contrainte de quitter l’Allemagne et part s’installer en Suède. Elle restera secrètement en contact avec Otto Hahn, son fidèle ami. Elle sera pressentie pour le Prix Nobel par trois fois mais sans décrocher cependant cette récompense. En 1944, le prix Nobel de chimie sera attribué à son ami, Otto Hahn. Lise Meitner est l’un des cas flagrants de découvreuse scientifique oubliée de l’histoire.

Rosalind Elsie Franklin – La structure de l' ADN

9 images
© Getty Images

L’apport capital de Rosalind Franklin, cette pionnière de la biologie moléculaire, réside dans la découverte de la structure en double hélice de l’ADN. Le prix Nobel de médecine sera cependant attribué, le 18 octobre 1962, à trois hommes : James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins comme décrit sur France Culture.

Rosalind Franklin est née en 1920 à Nothing Hill et s’éteindra très jeune, à l’âge de 38 ans des suites d’un cancer. Cette pionnière de la biologie moléculaire jouera, de surcroît, un rôle majeur dans la découverte du virus de la mosaïque du tabac qui infecte de nombreuses plantes comme précisé sur le site IEEE Xplore.

1951 sera une année phare dans la carrière de la jeune femme. C’est à Londres, au King’s College qu’elle se consacre alors essentiellement à la structure de l’ADN. Elle effectue ses recherches auprès du physicien Maurice Wilkins. Les premiers travaux de la chercheuse réfuteront indéniablement les modèles d’ADN établis par celui-ci. Elle démontrera, grâce à ses clichés, les deux hélices A et B de la structure de l’ADN : une découverte majeure qui sera portée non seulement à la connaissance de Maurice Wilkins mais aussi à celle de James Dewey Watson qui effectue des recherches similaires à l’université de Cambridge, comme nous l’apprend France Culture. Le célébrissime cliché 51 pris par Rosalind Franklin sera un tournant capital pour la suite des recherches sur la structure hélicoïdale de l’ADN. Les travaux de la chercheuse resteront dans les mains de ses collègues, Rosalind Franklin étant contrainte de quitter le service en raison de relations pour le moins difficiles entre eux. Elle étudiera les virus au Birckbeck College et contribuera à la virologie structurale en cherchant à assembler un virus à partir d’une molécule ARN.

En 1962, quatre ans après la mort de la jeune femme, le Prix Nobel de médecine pour cette découverte sera obtenu par James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins. Rosalind Franklin subira ainsi l’Effet Matilda : cette forme de déni, de minimisation systémique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche.

Jocelyn Bell Burnell – Les pulsars

9 images
© Getty Images – JOCELYN BELL BURNELL

Née le 15 juillet 1943 à Belfast, en Irlande, cette astrophysicienne marquera l’histoire grâce à sa découverte du tout premier pulsar. C’est à la Mount School de York, qu’elle intègre en 1956, que naîtra sa grande vocation pour la physique.

Quelques années plus tard, la jeune Doctorante en astrophysique révélera l’existence des pulsars : ces minuscules étoiles compactes. Ce sera cependant son directeur de thèse Antony Hewish qui obtiendra le Prix Nobel, ce qui déclenchera une vive controverse comme évoqué sur dailygeekshow : "ce fut l’une des premières vives réactions face à une telle injustice de la part de ses confrères chercheurs. Il ne fit aucun doute que Jocelyn Bell n’avait pas obtenu ce titre parce qu’elle était une femme".

C’est à l’Université de Cambridge, en 1967 que Jocelyn Bell Burnell a observé pour la première fois un signal radio émis par ces objets astronomiques particuliers. Une découverte majeure faite par "La grande Dame des petites étoiles" comme en parlera LeTemps sur son site.

La présence de ces étoiles à neutrons avaient déjà été pressenties dans les années trente mais leur existence n’avait jamais, jusqu’alors, été démontrée. C’est une avancée majeure dans le domaine de l’astrophysique qu’opérera la jeune étudiante de son état, en 1967, alors que sept ans plus tard, son Directeur de thèse en obtiendra toute la gloire.

Cecilia Payne-Gaposchkin – La composante majoritaire en hydrogène des étoiles

9 images
Astronomer Cecilia Payne Gaposchkin © Getty Images

Gardons la tête dans les étoiles pour évoquer cette autre grande dame qui s’est fait voler la vedette d’une façon peu étincelante.

Cette astronome anglo-américaine est née en 1900 à Wendover en Angleterre. Elle obtient son diplôme en sciences en 1923 mais décide de se rendre aux Etats-Unis pour décrocher un poste de chercheur, ceux-ci étant fermés aux femmes en Angleterre. C’est à l’Observatoire de l’Université de Harvard qu’elle opérera ses recherches et sera même la première femme nommée "Chef du département d’astronomie de Harvard", en 1956.


Lire aussi : Ces femmes pionnières de la conquête spatiale que vous ne connaissez pas


A l’âge de 25 ans, en 1925, la jeune femme fera basculer l’histoire en déterminant le fait que les étoiles sont majoritairement composées d’hydrogène et d’hélium et ce, à l’encontre du consensus scientifique de l’époque. Cette découverte très novatrice et brillante restera cependant dans l’ombre. Le professeur Henry Russel la dissuade effectivement de rendre cette révélation publique étant persuadé que les étoiles avaient la même composition que la terre. La thèse de la jeune femme fut totalement inconsidérée.

Ce n’est qu’en 1929 que le Professeur Russel concédera à la pertinence de cette thèse comme le relate le Britannica dans la biographie de Cecilia Payne - Gaposchkin. Cette année-là, le professeur publie la découverte de la jeune femme et, bien qu’il mentionnera son nom, sera lui-même honoré du Prix Nobel en laissant ainsi Cecilia Payne-Gaposchkin dans la noirceur d’un ciel, sans étoiles.

Nettie Maria Stevens – L’identification du chromosome Y

9 images
Nettie Maria Stevens 1861-1912 © Getty Images

Nettie Maria Stevens est née le 7 juillet 1861 dans le Vermont, aux Etats-Unis, et décédera le 4 mai 1912 à Maryland. Cette scientifique américaine est pionnière dans le domaine de la génétique. Sa découverte majeure résidera dans la détermination du sexe comme étant la résultante d’une configuration particulière chromosomique. Elle identifiera le chromosome Y.

En 1896, elle intègre l’Université Stanford en Californie pour entamer des études de biologie.

C’est cependant au sein de l’établissement privé et réservé aux femmes du "Bryn Mawr College" que Nettie Stevens marquera son vif intérêt pour la cytologie, pour l’embryologie et la description morphologique des transformations de l’oeuf fécondé. Elle entamera ainsi sa carrière de chercheuse à l’âge de trente-neuf ans et travaillera aux côtés d’Edmund Beecher Wilson, le Directeur du département de biologie, et ensuite auprès de son successeur, Thomas Hunt Morgan. Comme l’explique l’Histoire par les femmes, c’est précisément le processus de détermination du sexe de l’embryon qui préoccupera la jeune femme.

En 1905, Nettie Stevens identifiera le chromosome Y et son rôle prépondérant dans la détermination du sexe. Une découverte majeure dans le monde de la science et de la génétique. La jeune femme mourra sept ans plus tard des suites d’un cancer du sein sans avoir vu une étincelle de titre honorifique pour sa découverte majeure dans l’Histoire.

Après sa mort, Thomas Hunt Morgan recevra le Prix Nobel pour ses travaux en génétique. Il notera toutefois dans une lettre de recommandation au sujet de Nettie Stevens : " Sa détermination et son dévouement, combinés à un grand sens de l’observation, son sérieux et sa patience, unis à un solide jugement, expliquent en partie sa remarquable réussite" comme relaté sur dailygeekshow.

La notoriété de ses mentors et le décès précoce de Nettie Stevens pourraient nourrir l’idée et la raison de son ingéniosité restée dans l’ombre.

Esther Lederberg – La réplication de la culture bactérienne – le virus lambda

9 images
© Domaine public, Collection Stanford University Archive – Futura-Sciences.com

Esther Lederberg est née le 18 décembre 1922 dans le Bronx, elle obtiendra un master en biochimie à Stanford. Cette ingénieuse microbiologiste travaillait avec son mari dans le domaine de la génétique et des bactéries. Ses travaux ne seront cependant jamais reconnus dans la sphère scientifique bien qu’ils soient d’exception dans les domaines de la biologie moléculaire et l’organisation du matériel génétique.

Les recherches menées avec son premier mari Joshua Lederberg porteront sur l’accouplement des bactéries. Esther Lederberg découvrira le virus bactériophage lambda et les échanges de gènes entre bactéries. Cette découverte majeure, la réplication de la culture bactérienne, elle la réalisera au sein du Centre de recherche le Plasmid Center à l’Université de Stanford. Cependant, c’est son mari qui sera exclusivement récompensé du Prix Nobel de médecine en 1958 pour ces travaux d’une importance capitale pour la science.

Les recherches d’Esther Lederberg aideront les chercheurs à appréhender les phénomènes d’hérédité génétique dans les bactéries et dans les virus complexes comme le précise Futura-Sciences. Le professeur spécialisé dans la recherche contre le cancer, Stanley Falkow, parlera d’elle comme étant "une des grandes pionnières de la génétique bactérienne". Sa nature de femme jouera en sa défaveur et maintiendra sa remarquable contribution à ces avancées scientifiques dans l’ombre.

Esther Lederberg décédera en 2006 à Stanford. Si elle n’a pas décroché officiellement le Prix Nobel, ses collègues diront d’elle : "Tant sur le plan expérimental que méthodologique, c’était un génie de laboratoire" comme se plaît à le souligner Futura-Sciences.

Mileva Maric Einstein – La théorie de la relativité

9 images
© Getty Images

Mileva Maric Einstein est née en Serbie, le 19 décembre 1875 et décédera à Zurich en 1948. Elle fut la première épouse d’Albert Einstein qu’elle avait rencontré durant ses études.

En 1888 la jeune femme intègre l’école de Mitrovica et se découvrira une réelle passion pour la physique et les mathématiques. En 1898, elle fait partie intégrante de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich où elle entamera une collaboration très productive avec Albert Einstein. La théorie de la relativité allait prendre ses premières lettres de noblesse.

Les deux scientifiques étaient liés par l’intelligence et la quête de vérité comme énoncé sur Libération. Ils s’intéressent aux phénomènes naturels, à l’espace-temps et la vitesse de la lumière. Tout leur intérêt commun se scellera d’ailleurs par une union, un lien qui réunira deux êtres à la personnalité si opposée. Lui, de nature joyeuse et loquace, Mileva Maric étant d’un tempérament plus sombre et taciturne.

Deux esprits supérieurs en quête d’infini

De cette union naîtra une alchimie imparable. Mileva Marci sera infaillible dans le domaine des mathématiques à la grande convenance de son mari qui lui délègue ces équations irrémédiables. Leur union fait sans nul doute leur force. Einstein aurait d’ailleurs déclaré :

"J’ai besoin de ma femme, elle résout pour moi tous les problèmes mathématiques… Sans elle je n’aurais ni commencé ni achevé mon œuvre… Nous ne faisons qu’un".

Le prix Nobel de physique sera décerné à Albert Einstein en 1921. Dans la mémoire collective restera exclusivement gravé son nom tandis que sa première femme, Mileva Maric sera quant à elle indéfiniment dans l’ombre. Sans cette scientifique d’exception, Einstein serait-il devenu Einstein ?

Marthe Gautier – Le chromosome Trisomie 21

Une autre découverte majeure due à une femme mais qui fut revendiquée par un homme : celle de la trisomie 21. Ce ne sera que cinquante ans plus tard que cette découverte scientifique usurpée par un autre sera restituée à sa découvreuse, Marthe Gautier. Elle restera cependant amère, malgré cette reconnaissance tardive.

J’ai été dégoûtée

Marthe Gautier est née en 1925 en Seine-et-Marne et est fille d’agriculteur. Dès l’âge de 17 ans, elle se projette déjà en tant que pédiatre et rejoint sa sœur à Paris pour y entreprendre des études. Elle se spécialisera en cardiologie pédiatrique et partira alors aux États-Unis assoiffée de connaissances et pour parfaire ses acquis. C’est à Harvard qu’elle découvrira la culture cellulaire. Par un concours de circonstances, la jeune femme ne peut à son retour à Paris rejoindre le poste qui lui était promis, comme l'explique BFM. Elle intégrera alors le service de l’hôpital Trousseau qui travaille notamment sur la génétique et le syndrome de Down.

Le chef de l’unité pédiatrique, le Professeur Turpin décide de faire des cultures cellulaires pour déterminer le nombre de chromosomes chez les enfants atteints de " mongolisme ". Aucun laboratoire en France n’a cette compétence. Marthe Gauthier, grâce à ses acquis accumulés aux Etats-Unis mènera à bien ces cultures cellulaires sur des lames pour identifier le nombre de chromosomes.

Un soir, elle croit à une erreur comme relaté dans le reportage ci-dessous sur "les oubliées de l’histoire".

Au lieu d’en trouver 46, j’en trouve 47 alors je m’inquiète et je crois m’être trompée. Je recommence le lendemain et c’est toujours 47… Voilà comment une découverte se fait.

Marthe Gauthier mettra en évidence, en mai 1958, le chromosome de trisomie 21. Jérôme Lejeune, chercheur et élève du professeur Turpin lui propose de photographier ses clichés dans un laboratoire mieux équipé. La jeune chercheuse lui confie les lames, le chromosome surnuméraire chez les patients atteints de trisomie sera bel et bien confirmé.

La maladie sera dénommée trisomie 21 en 1960 et confirmera l’anomalie chromosomique, une découverte qui sera attribuée à Jérôme Lejeune.

Marthe Gauthier témoignera cinquante ans après sa découverte et affirmera qu’elle et elle seule en est à l’origine. Un fait qui sera précautionneusement et vivement occulté par la Fondation de Jérôme Lejeune.

Pour aller plus loin, le reportage suivant met en lumière le destin de deux femmes qui ont été "Les oubliées de l’histoire". Marthe Gauthier en est l’une d’elles mais aussi Alice Guy dénommée "La femme aux mille films" et qui serait l’illustre pionnière du 7e art.