Ça veut dire quoi, le "chrono-urbanisme" ?

Ça veut dire quoi, le "chrono-urbanisme" ?
Ça veut dire quoi, le "chrono-urbanisme" ? - © Maskot - Getty Images

Aborder la ville en fonction de la temporalité, c'est le principe du chrono-urbanisme. Théorie utilisée pour le concept de la "ville du quart d'heure", elle servirait à donner un usage multiple à un même lieu afin de donner plus de flexibilité selon la temporalité. Et le défi est d'autant plus grand en pleine pandémie de Covid-19.

Et si l'on transformait les routes en parking la nuit ? Et si des espaces d'éducation devenaient des lieux d'accueil la nuit ? Et si les toits de nos immeubles pouvaient aussi faire office de jardins ? Et si des terrasses de restaurants poussaient sur des places de parking… Tous ces usages émanent du chrono-urbanisme.

Un usage différent de la ville selon le moment de la journée

Développé par le planificateur américain Clarence Perry dans les années 1990 (unité de quartier), le chrono-urbanisme se définit par la gestion des villes en fonction du temps. 

Et dans une tribune publiée en 2016, le scientifique Carlos Moreno, spécialiste de la ville intelligente, a de nouveau mis le concept sur le devant de la scène avec "la ville du quart d'heure".

Cette organisation urbaine permettrait à tous les habitants d'accéder aux besoins essentiels en 15 minutes de marche ou de vélo.

Une idée adoptée par la ville de Paris en janvier 2020 mais aussi par Londres, Johannesburg, Hong Kong, Mexico, Los Angeles en mai de la même année… et qui demande de repenser l'accès aux structures de logements, de travail, de loisirs. 

Le modèle urbain moderne arrive à saturation

Dans une interview publiée en décembre 2020 par le groupe Ogic, acteur de la promotion immobilière, le géographe et urbaniste Luc Gwiazdzinski déclarait que l'espace urbain des différentes activités était trop éclaté. Chaque zone urbaine a une fonction précise, séparant l'urbain en quartiers dans les principes voulus par a charte d'Athènes, élaborée par Le Corbusier en 1993. 

Ces différents quartiers fonctionnels amènent à "une course permanente pour tenter d'articuler vie personnelle et professionnelle et se resynchroniser les uns les autres". Les temps de trajets sont allongés pour relier son domicile à son lieu de travail, les lieux de loisirs à l'autre bout des quartiers d'affaires, les supermarchés encore ailleurs…

Ce modèle dit "fonctionnel" pousserait les habitants à saturation. "Ce n'est pas un hasard si les maladies du siècle sont le burn-out et la dépression", explique Luc Gwiazdzinski. "C'est lié au fait qu'on n'arrive plus à arbitrer entre tout ce qu'il faut faire, ou plutôt avec tout ce qu'il est possible de faire."

Ce n'est pas pour rien qu'avant la pandémie de Covid-19, le sport se pratiquait souvent entre midi et deux heures. Parfois même entre collègues. 

Le défi du chrono-urbanisme à l'heure du Covid-19

Depuis plus d'un an, en raison de la pandémie, les quartiers séparés ont fusionné dans un seul et même quartier : celui de la résidence. Travail à domicile, loisirs à domicile, vie personnelle à domicile, la ville du quart d'heure s'est transformée en vie à temps complet au domicile. Les trajets longs ont disparu mais la pression sur certains lieux de vie a émergé.

C'est en ce sens que le chrono-urbanisme doit prendre en compte les nécessités humaines de rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux lieux, de trouver d'autres services, "que ce soit en proximité pour les services du quotidien ou plus loin en changeant d'échelle pour [s']isoler", explique Luc Gwiazdzinski. En soi, sur des principes très actuels de flexibilité, d'adaptation, de transformation, selon les besoins.