Au Soudan du Sud, la révélation d'un Eden inexploré de la biodiversité

Vue aérienne sur le parc national de Boma.
3 images
Vue aérienne sur le parc national de Boma. - © TONY KARUMBA - AFP

Le petit avion vire brusquement pour revenir survoler les plaines. Le pilote a aperçu quelque chose loin en dessous : une antilope, puis plusieurs, l'arrière-garde d'une migration de plus d'un million d'animaux sur cette immensité sauvage.

D'autres merveilles se cachent dans la savane : trois girafes nubiennes, extrêmement rares, marchent pesamment, projetant leur ombre gigantesque sur les herbes.

"Il n'en reste plus que quelques centaines dans le monde. Alors vous voyez quelque chose de spectaculaire", fait remarquer Albert Schenk, de l'ONG Wildlife Conservation Society (WCS), en sondant du regard cette vaste étendue.

Un écosystème sauvage de la taille de la Hongrie

Nous sommes au Soudan du Sud, l'un des jardins d’Éden de la faune et de la flore africaines, un lieu d'une incroyable biodiversité coincé entre les jungles tropicales et les déserts arides et désolés du continent.

Mais aussi un paysage rarement vu par des étrangers. Les guerres civiles ont laissé le Soudan du Sud quasiment sans routes bitumées ni aérodromes. Le pays est de la taille de la France mais de larges pans en restent isolés et impénétrables. Il abrite l'un des habitats sauvages les moins explorés d'Afrique mais aussi les plus beaux.

C'est la plus grande zone humide d'Afrique et la plus grande savane préservée du continent, une interminable étendue sauvage située à l'est du Nil blanc, qui court jusqu'en Ethiopie.

Cette savane, un écosystème large de 95.000 km2, soit la taille d'un pays comme la Hongrie, est traversée chaque année par quelque 1,2 million d'antilopes et de gazelles. D'immenses troupeaux qui laissent sur la prairie les sillons de leur passage visibles du ciel.

En terme d'ampleur, ce déplacement n'est dépassé que par la grande migration de gnous entre les parcs du Serengeti, en Tanzanie, et du Masai Mara, au Kenya. Les lions, les éléphants et la myriade d'autres espèces emblématiques et menacées qui peuplent cette savane ont survécu à des décennies de guerre et au braconnage.

Une faune décimée par la guerre et le braconnage

Ce patrimoine naturel est sous menace constante et les efforts de conservation, quand ils existent, sont difficiles et dangereux. Les scientifiques et les rangers font face à des milices rebelles et des braconniers bien armés, sur un territoire isolé que le gouvernement central est trop faible pour contrôler.

Environ 15% de la superficie du pays sont consacrés aux parcs nationaux et réserves, des espaces en théorie protégés par la loi. Mais les services de défense de la faune et la flore ont des moyens financiers et humains trop limités pour surveiller ces immenses étendues.

Pendant les décennies de guerre qui ont précédé l'indépendance du Sud du reste du Soudan, en 2011, les zèbres et rhinocéros ont été chassés jusqu'à l'extinction.

Les antilopes et les girafes ont été massacrées pour nourrir les soldats. Abattus pour leur précieux ivoire qui a permis de financer le conflit, les éléphants ne sont plus qu'environ 2.000, contre 80.000 il y a 50 ans.

L'écotourisme pour créer de la richesse et de l'emploi

Protéger la faune locale n'est pas la première des priorités dans un pays qui tente péniblement de s'extirper de six années de guerre ayant fait plus de 380.000 morts. Mais le gouvernement comprend les bénéfices qu'il y a à en tirer.

L'économie sud-soudanaise, ou ce qu'il en reste, repose presque entièrement sur le pétrole. Le développement d'autres secteurs susceptibles de créer des emplois et des revenus, comme la conservation de la nature ou l'écotourisme, est donc crucial pour l'avenir.

Aujourd'hui, le Soudan du Sud souhaite s'inspirer de ses voisins ougandais et rwandais : ces deux pays ont aussi connu des conflits meurtriers mais sont aujourd'hui des destinations prisées des touristes.

Mais même si la paix persiste, il faudra des années voire des décennies pour faire émerger un secteur touristique réellement viable. Cela nécessitera d'importants investissements, que le gouvernement risque de ne pas pouvoir se permettre dans l'immédiat, surtout en cette période de pandémie.