Au Japon, le déclin démographique stimule le développement des véhicules autonomes

Conscient des difficultés croissantes de mobilité de ses masses de seniors, le Japon accélère dans le développement de robots-taxis et navettes autonomes, mais un incident fâcheux lors des Jeux Paralympiques fin août a rappelé que la route était encore longue.

Le transport japonais face au défi du vieillissement de sa population

Le Japon est cependant engagé dans une course contre la montre avec son déclin démographique : 29% de sa population est déjà âgée de 65 ans et plus (un record mondial) et son taux de fécondité est très bas.

Dans un récent rapport, le ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie (Meti) s'est alarmé des conséquences de cette situation pour la mobilité: une pénurie de main-d’œuvre dans les transports, des accidents de la route causés par des conducteurs âgés et un isolement croissant de nombreux seniors.

"Surtout dans les zones rurales, la tendance à la dépopulation est très élevée", souligne aussi M. Doi.

Avec les véhicules autonomes, "il s'agit d'offrir des alternatives" aux seniors en mal de mobilité.

Les autorités s'efforcent de faire du Japon un terrain toujours plus favorable à ces expérimentations. Un nouveau plan du Meti prévoit ainsi des tests de services avancés de robots-taxis dans une quarantaine de sites à travers l'archipel d'ici 2025.

La conduite autonome peine à faire la preuve de sa fiabilité

Le Japon est aussi devenu en 2020 le premier pays au monde à autoriser un système autonome de niveau 3 sur la voie publique, intégré sur un modèle de Honda. Ce niveau consiste à déléguer totalement la conduite dans des situations pré-définies, comme les embouteillages.

Mais il s'agit d'un stade d'automatisation très intermédiaire, donc potentiellement dangereux : l'humain doit rester concentré car la machine peut lui demander de reprendre le volant à tout moment.

Signe de sa prudence, Honda n'a fabriqué que 100 exemplaires de voitures équipées de ce système. Le constructeur va aussi prochainement démarrer au Japon des tests d'un service de mobilité sans chauffeur avec des véhicules de Cruise, filiale de son partenaire américain General Motors.

JO Paralympiques : l'accident qui pose question

Quant à Toyota, c'est au Japon qu'il bâtit son projet le plus ambitieux dans le domaine. Au pied du Mont Fuji, le numéro un mondial de l'automobile a posé début 2021 la première pierre de "Woven City" ("Ville tissée"), une ville-laboratoire hyper-connectée où d'ici quelques années, des centaines de chercheurs et ingénieurs du monde entier devront habiter pour expérimenter et développer des solutions de mobilité.

Toyota prévoit d'y faire circuler ses navettes autonomes "e-Palette", qui ont servi cet été à Tokyo dans le Village olympique et paralympique. Mais cette expérience a connu fin août un sérieux couac : une navette est entrée en collision avec un judoka malvoyant, le blessant légèrement. L'engin s'était automatiquement arrêté à son approche mais l'opérateur à bord avait redémarré manuellement, pensant que le para-athlète avait vu le véhicule.

"Les technologies ne sont pas mûres"

"Ce qui est frappant, c'est que cet échec s'est produit dans un environnement contrôlé, le genre d'endroits pour lesquels les véhicules autonomes étaient censés être prêts, selon leurs partisans", relève Christopher Richter, analyste automobile chez CLSA.

Un usage à grande échelle de véhicules autonomes ne va probablement pas arriver avant "une décennie", ajoute-t-il.

"Les technologies ne sont pas encore mûres", convient également M. Doi chez Nissan, évoquant les défis que représentent des zones étroites ou bondées. "Et malheureusement, les clients se trouvent dans des endroits compliqués..."