Toujours privé de clubs, le monde de la nuit se console avec des "cyberteufs"

Toujours privé de clubs, le monde de la nuit se console avec des "cyberteufs".
Toujours privé de clubs, le monde de la nuit se console avec des "cyberteufs". - © Klaus Vedfelt - Getty Images

Sans clubs ni fêtes électro, ce premier week-end déconfiné va laisser le monde de la nuit sur sa faim même si, depuis plusieurs semaines, des clubbers ont trouvé la parade avec des "cyberteufs", un déroutant ersatz numérique.

Ce samedi soir de mai, "L'Appart" fait salle comble. Près de 2.900 personnes se retrouvent virtuellement autour du concept lancé en début de confinement par la DJ Barbara Butch et le spécialiste de l'événementiel Axel Bonnichon : recréer l'ambiance délurée de la fête, sous forme de clubbing sur la plate-forme de réunion Zoom.

Des fêtes virtuelles décomplexées

Défragmentés dans un kaléidoscope de vignettes qui défilent tandis que la DJ mixe, on plonge dans les intérieurs des fêtards alors confinés : chez l'un, on danse au milieu des plantes vertes; chez une autre, c'est le chat qui colle sa tête en rythme à la camera. Il y a des lumières discos chez ce couple. Plus tard, un groupe d'amis tente une pyramide humaine dans le salon.

"On a mis un pied dans le futur plus rapidement que prévu", estime Axel Bonnichon, qui pense, avec L'Appart, "faire le pont jusqu'à la réouverture des clubs".

Dans ces soirées virtuelles, c'est lui qui contrôle qui "passe en vedette" à l'écran. "Je m'amuse a alterner entre les gens hyper dynamiques et les gens posés à bouquiner. Quand ils voient qu'ils passent, c'est le quart d'heure de gloire, ça part souvent en chorégraphie ou en mini show", décrypte-t-il.

"Le fait d'être protégé un peu par son écran mais aussi l'envie de se montrer, le tout donne quelque chose de totalement électrique, un lâcher prise puisqu'il n'y aucun cadre et aucun jugement, qui fait que les gens reviennent", poursuit-il.

Moins de rencontres, plus de musique ?

Dans ce nouveau monde, la ligne de partage qui existe chez les clubbers, entre ceux qui viennent pour la musique et ceux qui viennent pour les rencontres, s'est accentuée.

"On a perdu le côté social et rencontres mais on s'est beaucoup recentré sur la musique", reconnait Pierre-Antoine Froissant, 27 ans, interne en réanimation à l'hôpital George-Pompidou et fan d'electro. Entre deux gardes éprouvantes, il plonge dès qu'il peut dans ce bain musical qui s'organise autour d'un groupe Facebook d'explorateurs de sons, baptisé "Boum boum dans le confinement".

"J'ai été ajouté sur plein de groupes du genre, ça va de labels roumains à parisiens, c'est aussi une façon de se sentir en communauté avec des personnes que je n'aurais pas rencontrées", s'enthousiasme l'interne.

Une formule qui laisse sceptique

Dans ce monde encore balbutiant mais déjà étonnamment structuré, le 8 mai 2020 aura marqué une étape avec la première soirée payante virtuelle de France. La rave party a été organisée par l'équipe du techno club parisien Glazart. Pour 2,99 euros, elle proposait aux milliers de participants des salles privées, accessibles sur mot de passe, ou un dancefloor, pour se montrer en train d'enchaîner les moulinets des mains dans son salon.

Peu d'établissements de nuit français se sont toutefois lancés sur ce nouveau créneau. "La société est coupée en deux : ceux qui pensent que tout va reprendre, qu'il y aura une vie comme avant et qui acceptent de se mettre sur pause; et ceux qui comprennent qu'on est à l'orée d'un truc et que c'est là-dedans qu'il faut plonger", analyse Axel Bonnichon.