Thaïlande: un village écolo s'éclaire au fumier

A trois heures de Bangkok, un village écolo s'éclaire au fumier
A trois heures de Bangkok, un village écolo s'éclaire au fumier - © NirutiStock / IStock.com

A trois heures de Bangkok, un village est un pionnier en matière d'énergie renouvelable dans un pays très dépendant des énergies fossiles et qui craint de vivre prochainement une crise énergétique. Mais à Pa Deng toute l'électricité est "verte".


Coincés au cœur de la jungle thaïlandaise, sans connexion au réseau électrique, les villageois de Pa Deng ont joué les pionniers en adoptant la bouse de vache comme source alternative d'énergie.

Après avoir réussi à illuminer leurs maisons avec des panneaux solaires et des réservoirs de biogaz alimentés par de la bouse, ils essayent d'exporter leur idée dans d'autres communautés rurales.

"Au départ, les gens qui n'avaient pas rejoint le réseau ou qui n'avaient pas vu comment on faisait, nous prenaient pour des fous d'utiliser de la bouse de vache pour faire du gaz, mais ensuite, ils ont été jaloux de notre succès", explique Kosol Saengthong, leader de la communauté.

Posés dans de grands réservoirs, le fumier et les déchets se décomposent et créent du méthane, qui alimente notamment les petits poêles de cuisine des maisons.
Ils sont une centaine à en profiter dans le village.

"Nous cultivons nos légumes pour les manger, nous avons notre propre électricité, nous ne dépendons de personne, nous prenons en charge notre bien-être et nous faisons les choses nous-mêmes. Je suis très fier de cela", insiste Wisut Janprapai, un villageois.

Crise énergétique en vue

Tous les gouvernements récents ont prévenu que le pays connaîtrait une crise énergétique si les tendances de consommation continuaient sur la même courbe. Le royaume est le deuxième plus grand consommateur d'énergie en Asie du Sud-Est après l'Indonésie, selon des données du gouvernement américain datant de 2013, et le 22e dans le monde.

Une consommation très largement tirée par la capitale Bangkok, où certains immenses centres commerciaux pompent plus d'énergie que des provinces entières.

Mais par rapport à ses voisins, la Thaïlande est un investisseur de premier plan dans les énergies renouvelables. Et le pays prévoit de faire passer la part des carburants propres de 12% à 25% ces cinq prochaines années.

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) estime que le pays pourrait toutefois faire bien mieux, grâce à son ensoleillement et sa position géographique. 

Pour Phirat Inphanich, analyste au ministère de l'Energie, "le monde est prêt pour que l'homme produise immédiatement des énergies renouvelables, grâce au vent, au soleil, à la biomasse, au biogaz. Si les Thaïlandais hésitent encore à le faire, il suffit qu'ils regardent l'exemple de Pa Deng"​​​​​​. "Mais il n'est pas facile de changer les mentalités", estime l'analyste, qui multiplie les déplacements dans le pays pour inciter les collectivités à se tourner vers les énergies propres.