Pourquoi les vins argentins ont profité de la crise du Covid-19

Malgré la fermeture des restaurants, des hôtels, le marché national a bondi de 8,2% entre janvier et septembre, selon l'Institut national de la viticulture.
Malgré la fermeture des restaurants, des hôtels, le marché national a bondi de 8,2% entre janvier et septembre, selon l'Institut national de la viticulture. - © ANDRES LARROVERE / AFP

La demande de vin argentin sur les marchés domestique et international a augmenté durant la pandémie.

Un verre à moitié plein pour le secteur, en berne depuis cinq ans, car les bénéfices sont toutefois en baisse en raison de la dévaluation du peso.

Le confinement a stimulé la consommation locale

Dans la région de Mendoza (est), cœur de la viticulture argentine et de son cépage dominant, le Malbec, la crise du Covid-19 qui a mis à genoux l’économie mondiale a eu des effets contrastés.

Malgré la fermeture des restaurants, des hôtels, le marché national a bondi de 8,2% entre janvier et septembre, selon l’Institut national de la viticulture.

"Il est clair que la pandémie et le confinement ont permis une plus grande consommation de vin en Argentine", estime Gustavo Lopez, directeur de Fecovita, qui regroupe 29 coopératives viticoles avec plus de 5000 producteurs.

Il explique cette hausse par "de l’argent disponible" dans les ménages, "qui n’était plus dépensé en carburant ou en sorties". Mais il redoute que la demande diminue une fois la crise sanitaire passée.

L’export dopé par un taux de change favorable

Autre signe apparent de bonne santé du secteur, la jauge d’exportation, qui est passée de 2,17 millions d’hectolitres à 3,05 Mhl, soit une augmentation de 40% sur les sept premiers mois par rapport à la même période en 2019.

"Les marchés sont volatils et sont dirigés par les prix. Les augmentations des exportations sont liées à notre situation de taux de change. Aujourd’hui, nous sommes vraiment bon marché", explique Alejandro Vigil, viticulteur à Mendoza et propriétaire de plusieurs restaurants.

L’augmentation des exportations en volume concerne cependant majoritairement le vin en vrac et les vins à petits prix.


Lire aussi : Au fait, ça ressemble à quoi un repas à la française ?


"L’industrie traverse une situation très particulière, caractérisée par une augmentation du volume des ventes et de fortes baisses de prix tant pour les expéditions vers le marché intérieur que pour les exportations, mesurées en monnaie constante, ce qui détériore le chiffre d’affaires des entreprises en général", révèle le rapport d’activité trimestriel de Bodegas de Argentina, qui regroupe 250 domaines viticoles.

"Aujourd’hui, nous pouvons exporter, ce qui ne veut pas dire que nous aurons la même situation à l’avenir", prévient Alejandro Vigil.

Si le marché d’export des vins en bouteille a augmenté de 2,4% sur 12 mois jusqu’à juin 2020, au cours de la même période les prix en dollars ont baissé de 11,4%, ce qui a réduit le chiffre d’affaires de 8%.

Cette baisse du chiffre d’affaires touche davantage les petits producteurs, qui ont une capacité moindre pour compenser la baisse des prix par du volume.

Vers une reprise mondiale au second semestre 2021 ?

L’arrêt net du tourisme a également eu un impact négatif sur les comptabilités. Dans la vallée de l’Uco, "le corridor des caves", le circuit œnotouristique de dégustation qui contribue à hauteur de 9% des revenus du secteur, n’accueille aujourd’hui que des visiteurs argentins.

"À Mendoza, l’œnotourisme, l’œnogastronomie, était calibrée à une certaine jauge de visiteurs étrangers. Nous sommes aujourd’hui surdimensionnés, mais bon, nous travaillons", se rassure encore M. Vigil qui, comme Bodegas de Argentina, veut croire à de meilleurs lendemains.

"Toutes les prévisions mondiales s’accordent à dire que le second semestre de l’année verra le début d’une reprise", note le rapport, "même s’il faudra entre 18 et 24 mois pour retrouver les niveaux précédents".