MVL, champion d'échecs hors des cases

MVL, champion d'échecs hors des cases.
MVL, champion d'échecs hors des cases. - © JOEL SAGET/AFP

"Vous le croisez en soirée, jamais vous ne pouvez deviner qu'il est champion d'échecs." Loin du cliché du joueur d'échecs froid, impassible, inquiétant ou fêlé, Maxime Vachier-Lagrave trace sa route vers le sommet en cultivant une "vie tranquille" en dehors des compétitions.

"Il aurait pu faire autre chose" dans sa vie, poursuit Eric Birmingham, son premier entraîneur lors de ses débuts à 5 ans au club de Créteil. A 30 ans, MVL est le meilleur joueur français, et depuis longtemps.

Il reconnaît être né avec "l'intelligence du joueur d'échecs"

Talent précoce (champion de France des moins de 8 ans à 6 ans, grand maître international à 14), très doué en mathématiques, il s'appuie sur des capacités hors normes.

"Il a un esprit brillant, ça va à 100 à l'heure dans son cerveau", relève le grand maître international Fabien Libiszewski, un de ses proches.

"Il est très fort en calcul, il voit très vite, il est très vif. Il n'a pas peur de jouer pour l'initiative. Il n'aime pas les positions où il faut défendre passivement", analyse Kevin Bordi, l'animateur de Blitzstream, première chaîne francophone sur les échecs, sur laquelle MVL intervient régulièrement.

"C'est un acrobate" sur l'échiquier, estime M. Birmingham, qui se souvient d'une "vraie éponge" aux capacités d'apprentissage hors du commun.

Lui admet avoir "l'intelligence du joueur d'échecs". "Je suis né avec", explique d'une voix légèrement traînante le jeune homme brun revêtu d'une veste ornée d'un grand K blanc, logo de la plateforme internet Kasparovchess du légendaire Garry Kasparov, avec laquelle il a un partenariat.

Pour garder la tête froide, il privilégie la notion de plaisir

Mais à un tel niveau, il faut évidemment aussi une discipline drastique, des préparations de parties implacables, des mémorisations de variantes d'ouvertures interminables...

Et ce n'est pas toujours simple pour celui qui admet dans son livre "Joueur d'échecs" (Fayard) "une légère tendance à la fainéantise". "J'ai besoin de passer par la notion de plaisir", explique-t-il. "Par rapport à d'autres athlètes, j'ai peut être un peu moins la capacité à 'me faire mal'" à la besogne.

Le monde échiquéen est riche de figures tutélaires à l'esprit dérangé, brûlé par les échecs. Des personnages de fiction comme Loujine, le héros fou de Vladimir Nabokov dans "La Défense Loujine" ou bien évidemment Beth Harmon, de la série "Le Jeu de la dame".  Mais aussi des joueurs du passé comme Bobby Fischer, Paul Morphy, Akiba Rubinstein...

La passion du jeu dans une vie presque banale

Dans ce monde dur de compétition acharnée (à l'issue du tournoi des Candidats, le Chinois Wang Hao, malade, a annoncé sa retraite, pour ne plus subir tant de stress), MVL maintient l'échiquier à distance pour se ménager.

"Je ne veux pas m'enfermer (...) si je ne devais plus voir que le jeu d'échecs, je m'en lasserais".

Alors, quand il n'est pas en tournoi de par le monde ou en ligne, il a une vie presque normale de trentenaire parisien qui aime se coucher tard, regarder et parier sur le sport (il est fan de l'Olympique lyonnais) ou faire son jogging au jardin du Luxembourg, pas loin de l'appartement acheté grâce ses gains (environ 200.000 euros par an actuellement).

Mais sous cette "vie tranquille" le feu du jeu couve. "Je joue beaucoup, aux cartes, poker, tarot, jeux vidéo, jeux de société. Tout est l'occasion de jouer, de parier". "Il aime jouer, à n'importe quoi", abonde M. Birmingham.

"Maxime, c'est un vrai chic type !"

"Il y a les joueurs féroces et les mecs gentils. Moi je suis un joueur féroce", disait l'Américain Bobby Fischer, légende des échecs, qui avait notamment réussi à ravir la couronne mondiale au Soviétique Boris Spassky en pleine Guerre froide à Reykjavik en 1972.

MVL "est quelqu'un de très gentil", dit Kevin Bordi. "Maxime, c'est un vrai chic type ! Fischer, Karpov, Kasparov, ce sont des tueurs. Pas Maxime", selon M. Birmingham.

"Je peux faire la part des choses entre ce qui se passe dans la vraie vie (...) et les affrontements sur l'échiquier. Certains joueurs du passé n'ont pas fait la part des choses pour ne pas avoir d'accès de faiblesse, c'est à chacun de juger en son âme et conscience." Mais "clairement, je ne vais pas me mettre à détester tout le monde maintenant".