Les brocantes en ligne, une tendance qui a explosé sur Instagram avec le confinement

De plus en plus de comptes se consacrent à la vente d'objets vintage sur l'application, et ça marche !

Certains meubles s'arrachent en moins de 24 heures, malgré des prix qui peuvent monter très haut. Des stars françaises ont même succombé à ce nouveau mode d'achat.

De nombreux amateurs se sont rabattus sur la vente en ligne. Une véritable tendance mondiale, notamment sur Instagram.

Les brocanteurs se sont lancés dans l'e-commerce

Début avril, le réseau social a fait état d'une croissance de 22% concernant le hashtag #interiordecor, sur les 45 derniers jours en France, selon Mélanie Agazzone, Directrice de la communication Instagram pour l'Europe du Sud. Un coup d'accélérateur enclenché depuis le premier confinement en mars 2020. "On sait qu'avec la Covid-19, les gens se sont vraiment investis dans leur intérieur. Il y a eu un recentrage évident sur la maison et sur la famille", explique-t-elle.

Pourtant, si les internautes ont trouvé un autre moyen d'assouvir leur désir de shopping, la crise a été le coup de pouce qu'il fallait à certains brocanteurs pour se lancer complètement dans l'aventure.

C'est le cas de Jeremy, le créateur du compte Instagram à succès Chairchaise. Ce père de famille de 32 ans est suivi par plus de 43.000 abonnés sur le réseau social, tous mordus de chaises vintage.

"J'ai pris plus de 30.000 followers en un an. A mon échelle, c'est énorme !", s'étonne-t-il.

Pour Jeremy, touché par le chômage partiel, l'explosion des brocantes en ligne est tombée à point nommé. "J'ai une société de location de vaisselle ancienne mais je suis à l'arrêt depuis un an."

Un mal pour un bien pour ce chineur, qui a mis à profit son temps libre pour développer son compte Instagram, lancé en 2017. "A la base, l'idée n'était pas spécialement de vendre des chaises mais de montrer ce que je pouvais chiner", se souvient-il. "Petit à petit, les gens m'ont demandé les prix... Et j'ai commencé à mettre en place un système de réservation."

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Les brocantes en ligne, une tendance qui a explosé sur Instagram avec le confinement. © Bus Photography - Getty Images

Certains amateurs ont connu un succès fulgurant

De son côté, Edson, le créateur du compte Instagram René Lachance, avait décidé d'arrêter complètement son travail de commercial dès juillet 2019 pour se consacrer pleinement à sa passion, épaulé par sa femme, qui a également choisi de quitter son emploi dans le monde de la mode. Un choix qui s'est avéré malin un an plus tard.

"Depuis la pandémie, ça a été fulgurant !", explique-t-il. Ce succès l'a même poussé à suspendre son activité quelques jours après le premier confinement tellement les demandes étaient trop importantes. "On avait peur de ne pas pouvoir approvisionner le compte. Aujourd'hui, on en est arrivé à 20 ou 30 articles par semaine", confie-t-il. Avec plus de 77.000 abonnés sur son compte Instagram, l'homme de 39 ans a séduit une dizaine de milliers de nouveaux abonnés en moins d'un an, entre 2020 et 2021, sur le réseau social.

A 32 ans, Julie a décidé à son tour de tenter l'aventure de la brocante 2.0. "C'est un coup de tête dans le lancement mais pas dans la réflexion autour du projet", précise-t-elle. La jeune Parisienne a attendu fin juillet 2020, en pleine pandémie, pour lancer son site e-commerce et son compte Instagram bulbeparis.

Malgré la crise sanitaire mondiale, la Française a fait le pari de continuer à exercer en tant que designer freelance tout en dégageant du temps pour son projet. Une confiance étroitement liée aux fonctionnalités proposées par Instagram. "Je savais que le jour où j'allais lancer le compte, ce serait le jour où je lancerais mon site parce que les deux allaient marcher ensemble et j'ai très vite compris qu'il y avait la fonctionnalité Shopping pour renvoyer sur le site pour finaliser l'achat."

Instagram développe des outils utiles aux jeunes entreprises

Entre les stories, les publications, la messagerie, le guide et l'outil Shopping, les commerçants sur Instagram peuvent compter sur de nombreuses fonctionnalités pour les aider dans leur business. Un projet très cher au réseau social, qui ne cesse de multiplier les outils dans ce sens.

Instagram lancera dans quelque temps l'événement "House of Instagram" qui vise à donner toutes les clés aux créateurs pour réussir leur business sur Instagram.

"Malgré tout, la brocante change un peu la façon dont on achète sur Instagram", explique Mélanie Agazzone, Directrice de la communication Instagram pour l'Europe du Sud.

"Il y a une vraie volonté pour Instagram d'accélérer sur le commerce et de proposer des solutions. Mais on ne se veut pas concurrents d'Amazon", explique-t-elle.

Pour la créatrice du compte bulbeparis, ces outils se sont révélés particulièrement bénéfiques pour le développement de sa jeune entreprise. "Quand j'ai découvert l'outil Guide, c'était à l'époque de Noël et mine de rien, ce qui a le plus marché, c'était ce que j'avais listé".

Si cette dernière n'hésite pas à utiliser les stories et les publications pour faire la promotion de ces objets en vente sur son site, c'est surtout l'outil Shopping qui lui est essentiel. "C'est quelque chose qui me tenait à cœur parce que je ne voulais pas du tout passer par des messages privés sur Instagram", indique-t-elle avant de poursuivre : "Ce que j'apprécie, c'est que le fait d'avoir l'outil Shopping permet aux gens d'aller directement sur le site, donc ils ne se posent même pas la question d'une négociation possible parce que c'est comme acheter en ligne".

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Les brocantes en ligne, une tendance qui a explosé sur Instagram avec le confinement. © kolderal - Getty Images

"J'ai vendu à Sandrine Kiberlain "

Un outil que n'utilisent pas du tout Jeremy de ChairChaise et Edson avec son compte René Lachance. Pour ces mordus de brocante, la messagerie suffit amplement à gérer leurs ventes. Contrairement à Julie de Bulb, les deux hommes ne disposent pas de site internet, ce qui les empêche d'utiliser l'outil Shopping sur la plateforme.

Pourtant, cela est loin d'être handicapant pour ces deux commerçants, qui croulent sous les ventes. En instaurant des rendez-vous réguliers en story et grâce à leurs publications presque tous les soirs, les deux brocanteurs 2.0 peuvent recevoir des centaines de messages dans la soirée : "Plusieurs clients m'ont dit qu'ils ont activé les notifications pour mes publications sur Instagram", explique Jeremy.

Des réactions rapides qui mènent à des ventes tout aussi rapides. Pour le compte Chairchaise, les objets peuvent être vendus dans la soirée tandis qu'en à peine une heure, Edson de René Lachance peut trouver un acquéreur pour sa nouvelle pièce et même parfois séduire des stars françaises. "J'ai vendu à Sandrine Kiberlain et à Lilou Fogli" et en garde un très bon souvenir. Il a même été sollicité pour fournir des chaises en location pour les besoins d'un court métrage avec Sophie Marceau.

Jeremy de Chairchaise a quant à lui séduit la chanteuse Angèle et Marie Papillon, qu'il peut désormais compter parmi ses clientes. "C'est ça qui est génial sur Instagram ! Je pense que si j'avais une boutique à Asnières, ces gens-là ne me suivraient pas.", estime-t-il.

Si Julie de bulbeparis n'a pas encore eu son premier client célèbre, cela ne l'a pas empêchée de traverser l'Atlantique grâce à une vente pour les Etats-Unis. "La livraison était quasiment aussi chère que le produit", confie-t-elle, encore étonnée de cet achat. "Je propose beaucoup de produits Made in France et c'est quelque chose qui est très apprécié dans les autres pays."

Le charme de la brocante, même en ligne ?

Sur Instagram, difficile de garder la chaleur qui caractérise la brocante traditionnelle. Pour éviter d'être assimilés à des ventes sur Leboncoin, Jeremy et Edson ont pris le parti pris de ne pas renseigner les prix de leurs objets en vente sur les publications Instagram.

Une manière de stimuler l'engagement de leurs communautés respectives en les poussant à envoyer des messages privés et/ou des commentaires."Quand les gens me demandent le prix en message privé, j'explique pourquoi selon l'état de l'objet", raconte Jeremy de chairchaise.

"Je ne le fais pas principalement parce que si je vends deux chaises similaires, il se peut que je ne propose pas les mêmes prix", précise-t-il.

Entre le prix d'origine, les réparations pour l'objet et la demande des acheteurs, Jeremy et Edson estiment alors le prix de vente. Mais ce n'est pas pour autant que la négociation n'est plus possible.

"Il y a quand même ce jeu de la négociation mais peut-être moins que dans une brocante et peut-être que certains n'osent pas", selon le créateur de chairchaise. "Déjà qu'on a une vie sociale très restreinte, si on met les prix dans les publications, on n'aura plus de communication", craint de son côté Edson de René Lachance.

Avec des prix pouvant démarrer à 15 euros pour atteindre jusqu'à 3.000 euros, les brocanteurs d'Instagram souhaitent proposer des objets accessibles à toutes les bourses. "On ne veut pas être élitiste", affirme le Parisien.

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Les brocantes en ligne, une tendance qui a explosé sur Instagram avec le confinement. © Massimo Zocca / EyeEm - Getty Images/EyeEm

Les livraisons à domicile préservent le contact avec le client

Avec les mesures de confinement, les trois comptes ont proposé la livraison gratuite en région parisienne, et payante dans le reste de la France. Des livraisons qu'ils effectuent eux-mêmes en Île-de-France et qui leur permettent de rencontrer en chair et en os leurs clients.

"Je me suis retrouvée chez des gens à manger la galette des rois et à boire du cidre", se souvient Julie en riant encore. "Ils me racontent parfois pourquoi ils ont acheté cet objet... Ce sont toujours des moments très précieux", dit-elle avec émotion.

"J'ai une cliente qui, à chaque fois que je lui fais une livraison, m'offre une bouteille de vin !", explique de son côté Jérémy. "C'est ça qui est paradoxal parce que c'est sur une application qui pourrait être entièrement dématérialisée et déshumanisée mais je trouve qu'il y a quand même pas mal d'humains", résume-t-il. "Au-delà de la simple vitrine, il y a vraiment une aventure humaine", souligne à son tour Mélanie Agazzone.