A Téhéran, l'anti-américanisme demeure sur les murs du "nid d'espions"

L'Iran a marqué hier lundi le quarantième anniversaire de la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran, qui continue d'empoisonner ses relations avec les Etats-Unis.
L'Iran a marqué hier lundi le quarantième anniversaire de la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran, qui continue d'empoisonner ses relations avec les Etats-Unis. - © ATTA KENARE/AFP

Disloquée, la Statue de la Liberté est tombée de son piédestal et gît à terre: si leur dessin est plus moderne qu'avant, les nouvelles fresques inaugurées samedi à l'ex-ambassade des Etats-Unis de Téhéran restent avant tout anti-américaines.

 

"L'esthétique [des anciennes fresques] datait et n'avait plus sa place dans la littérature visuelle" de notre époque, estime Saber Cheikh-Rezaï, concepteur graphique et responsable du projet, dévoilé à deux jours du quarantième anniversaire de la prise de la représentation diplomatique américaine par des étudiants partisans de la Révolution islamique.

Ces nouvelles peintures pourront parler aux passants "au moins pour les 10-15 années à venir", ajoute-t-il.

Par rapport aux peintures originales, elles proposent une description "plus juste des relations irano-américaines des 40 dernières années", selon lui.

Immortalisées par quantité de photographes de presse, les peintures anti-américaines qui ornaient depuis plusieurs décennies le mur d'enceinte de ce que les autorités de la jeune République islamique d'Iran appelaient en 1979 le "nid d'espions" ont été effacées en septembre, afin de renouveler le genre.

Présentées à la presse par le général de division Hossein Salami, chef des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne, les nouvelles œuvres ont été réalisées par des étudiants du Bassidj, mouvement paramilitaire de volontaires islamiques.

Elles dénoncent "l'arrogance" des Etats-Unis et caricaturent une Amérique assoiffée de guerre pour asseoir son emprise sur le monde mais faible ou en déclin en dépit de son arsenal militaire.

 

Hiroshima, Nagasaki

Les artistes ont recouru essentiellement au bleu, au blanc et au rouge, couleurs du drapeau américain.

Une des peintures montre le triangle de l’œil de la Providence, symbole présent au verso des billets de un dollar des Etats-Unis, en train de sombrer dans une mer de sang.

Une autre représente le drone américain abattu en juin par l'Iran, dans les environs du détroit d'Ormuz, et dont s'échappent des chauves-souris.

Cette œuvre répond à une autre peinture montrant l'Airbus d'Iran Air abattu par un navire de guerre américain au-dessus du Golfe le 3 juillet 1988, et dont s'échappent de blanches colombes. Au total, 290 personnes ont trouvé la mort dans cette tragédie, présentée par Washington comme une "erreur" et pour laquelle l'Iran exige des excuses officielles.

 

Dans son discours d'inauguration, un général a accusé les Etats-Unis d'être à ce jour le seul pays à avoir eu recours à l'arme atomique (à Hiroshima et Nagasaki) et de chercher à empêcher les autres pays, en particulier l'Iran, de bénéficier de la "technique du nucléaire civil". 

L'officier a aussi accusé les Etats-Unis de mentir lorsqu'ils se présentent en défenseurs de la démocratie et des droits humains alors qu'ils soutiennent, selon lui, presque "tous les dictateurs" de la planète.

"L'Iran ne dispute aucune partie du monde à qui que ce soit", a dit le général Salami, dont le pays a connu un regain de tension avec Washington depuis le retrait des Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, le rétablissement de sanctions américaines et sur fond d'escalade militaire dans le Golfe.

 

"Coupe du poison"

"Si nous regardons au-delà de nos frontières, c'est pour étendre notre zone d'influence autant que nécessaire pour que tout endroit à partir duquel l'ennemi tenterait de lancer une conspiration contre l'Iran puisse être pris pour cible par la République islamique", a-t-il ajouté.

Le discours du général avait été précédé par la projection en boucle sur écran géant de clips vidéos à la gloire des idéaux de la Révolution islamique.

Puis une ligne de basse très heavy metal a occupé l'espace plusieurs minutes, le temps d'une chanson d'Hamed Zamani, chanteur populaire parmi les conservateurs.

"Leurs saluts ne sont pas désintéressés, leur art sent la duplicité, les ennemis se suivent en ligne en brandissant la coupe du poison", a enchaîné un groupe de jeunes en référence aux Américains.

L'Iran a marqué hier lundi le 40e anniversaire de la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran, qui continue d'empoisonner ses relations avec les Etats-Unis.

La crise provoquée par la prise d'assaut le 4 novembre 1979 s'est achevée 444 jours plus tard avec la libération de 52 diplomates américains.

Rompues entre-temps, les relations diplomatiques entre Téhéran et Washington n'ont jamais été rétablies.