Aux Etats-Unis, pays des pourboires, les serveurs pâtissent encore de la pandémie

La situation de l'emploi aux USA n'est pas facile depuis la pandémie de coronavirus et de nombreuses personnes se sont retrouvés sans aucun revenu du jour au lendemain. Aujourd'hui, la situation sanitaire est contrôlée petit à petit avec une campagne de vaccination qui permet la réouverture des restaurants et la reprise du boulot pour tout ce secteur. Cependant, dans un pays où le pourboire est extrêmement important dans le salaire des serveurs, les gens qui sortent de la pandémie sont plus frileux qu'avant de rajouter des dollars à l'addition.

Bas salaires, crise sanitaire : le personnel Horeca a bu la tasse

Des centaines de travailleurs du secteur de la restauration et des militants ont fait grève à l'heure du déjeuner cette semaine à travers le pays, exigeant la fin des salaires jugés indignes.

Aux Etats-Unis, les employés des restaurants et d'autres entreprises de l'industrie des services dépendent pour beaucoup des pourboires et peuvent ainsi être payés moins que le salaire minimum en vigueur.

Avec la pandémie et les mesures de confinement, les Américains ont été très peu nombreux à dîner en dehors de chez eux, ce qui a entraîné une réduction drastique des revenus des serveurs.

"Durant la pandémie, les pourboires ont baissé de 60 à 70% et il y a eu une augmentation de comportements hostiles de la part de la clientèle et des agressions", détaille Yamila Ruiz de l'association One Fair Wage, à l'origine du mouvement de grève lancé l'été dernier.

A Washington, une poignée d'employés de la restauration se sont réunis la semaine passée devant l'établissement Old Ebbitt Grill, une institution de la capitale, prisée des politiques et des touristes, située près de la Maison Blanche. "Les bas salaires enraient la reprise (économique) de l'Amérique", clamait une pancarte.

La moitié d'entre eux envisagent de quitter leur emploi

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Manifestation à Washington © 2021 Getty Images

Plus de 2,5 millions d'emplois ont été supprimés dans la restauration à travers le pays pendant la pandémie et plus de 110.000 établissements ont fermé selon la National Restaurant Association.

A mesure que les États-Unis amorcent leur réouverture, de nombreux restaurants peinent pourtant à recruter. La faute aux bas salaires, selon les militants du secteur. Parmi les employés de restaurants interrogés par One Fair Wage, plus de la moitié d'entre eux indiquaient envisager de changer d'emploi à cause de leurs faibles salaires.

La deuxième raison la plus évoquée ? Les risques de santé liés au Covid-19 : en rentrant du travail Tizoc Zarate, jeune homme de 22 ans, Américain d'origine mexicaine, se triturait l'esprit, angoissé d'avoir potentiellement été contaminé par le virus ou d'avoir infecté quelqu'un d'autre à son insu.

"Près de la moitié des gens ne portaient pas de masque quand je venais vers eux, certains ne respectaient pas les règles concernant le nombre de personnes autorisées à une table. Et la direction ignorait ce genre de choses", se souvient-il.

Lorsque Washington a imposé des mesures anti-Covid plus strictes en décembre, le restaurant où il travaillait a fermé et Tizoc a été licencié.

"C'est une pénurie de salaires, pas de travailleurs"

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Depuis des mois, les manifestations se succèdent pour une augmentation du salaire © 2021 Getty Images

Maintenant que le pays rouvre, plusieurs chaînes de restauration rapide comme McDonald's ou Chipotle ont annoncé vouloir augmenter les salaires de leurs employés afin d'attirer de nouveau de la main-d’œuvre.

Mais les situations peuvent différer grandement en fonction de la localisation géographique du restaurant, souligne Hudson Riehle, vice-président de la National Restaurant Association.

"Les forces du marché local auront un impact non seulement sur l'augmentation de la main-d’œuvre nécessaire mais aussi sur les incitations particulières nécessaires pour recruter ces employés."

Certains élus républicains imputent les pénuries de main-d’œuvre aux allocations chômage prévues dans le gigantesque plan de relance de Joe Biden, qu'ils jugent trop élevées.

"C'est une pénurie de salaires, pas de travailleurs", balaie Yamila Ruiz de One Fair Wage, un argument qui met, selon elle, de l'huile sur le feu.

Après avoir passé des mois à essayer - sans succès - de comprendre comment percevoir des allocations de chômage, Tizoc Zarate a finalement trouvé un nouvel emploi dans une école maternelle. "J'ai reçu une offre cette semaine, je l'ai acceptée mardi."