À Saintes, des chefs cuistots s'unissent pour se "sentir moins seul"

Chefs-propriétaires de restaurants à Saintes, ils se sont lancés dans une "aventure humaine" pour "se sentir moins seul" après le "deuxième coup de massue" du reconfinement.
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Chefs-propriétaires de restaurants à Saintes, ils se sont lancés dans une "aventure humaine" pour "se sentir moins seul" après le "deuxième coup de massue" du reconfinement. - © Philippe LOPEZ / AFP

Une dizaine de cuistots en tablier blanc s’agitent dans une petite salle, maniant joues de bœuf braisées et dos de cabillaud. Chefs-propriétaires de restaurants à Saintes (France), ils se sont lancés dans une "aventure humaine" pour "se sentir moins seul" après le "deuxième coup de massue" du reconfinement.

Les restaurants seraient des lieux de forte contamination au Coronavirus, selon une étude américaine, raison pour laquelle toutes les bonnes adresses auxquelles on adorait aller manger sont fermées.

À Saintes, des restaurateurs ont trouvé une idée pour ne plus se tourner les pouces et continuer à faire ce qu’ils aiment : la cuisine. Pour 15 euros, ils proposent un menu lunch unique, de qualité, qui change quotidiennement, à déguster chez soi ou au bureau. Une centaine de repas par jour en moyenne.

Ce n’est malheureusement pas toujours une option pour certains restaurateurs, stewards et autres métiers du service qui ont vu leur travail s’amoindrir voire disparaître depuis le début de la crise. Ils doivent parfois changer temporairement de métier pour faire face à la crise et risquent de perdre leurs commerces.

Le travail à la chaîne, une nouveauté pour ces restaurateurs

Avant l’arrivée des premiers clients, il faut finir de dresser les "assiettes" à emporter (des boîtes en bambou compostables) avec des mets préparés le matin même ou la veille.

"Le travail à la chaîne, on n’a pas l’habitude", s’amuse un chef.

"On est une brigade mais qui n’est composée que de chefs", rit un autre.

La bonne ambiance est au rendez-vous, l’efficacité aussi. En un tournemain, entrées-plats-desserts sont emballés, les sacs marqués au nom du client.

Malgré le reconfinement, et les personnels au chômage partiel, "c’était vital" de continuer à cuisiner, explique Anne Chatel, membre comme les autres du "Cercle des restaurateurs saintongeais". "Pour la deuxième fois, on se retrouvait sans travail du jour au lendemain, alors que décembre est notre mois le plus important… Il fallait qu’on fasse quelque chose ensemble".

Les restaurateurs mettent en place toutes sortes de stratégies pour tenter de sauver leur rêve et leur travail, en Belgique on a pu voir des cuisiniers utiliser des camping-cars pour garder leurs restaurants ouverts.

Avoir un objectif et faire quelque chose de sa journée

"Là, on se lève le matin avec un objectif en tête et on dort mieux la nuit", assure Mme Chatel. "On ne fait pas ça pour sauver les meubles financièrement". "On se sent utile, productif. On ne passe pas son temps à se demander quand on va rouvrir", souligne le chef Jean-Luc Bonedeau. "On a tous des comptes en banque qui baissent mais on se soutient, on s’entraide".

La Ville de Sainte a mis à disposition des locaux pour l’emballage et la vente des plats. Une belle initiative publique que l’on ne retrouve pas forcément ailleurs mais qui pourrait sauver pas mal de restaurants puisque l’on n’est pas certain de les voir rouvrir cette année en Belgique.

Patron d’une agence immobilière, Cédric Bienvenu passe tous les jours. Il a droit à un petit cœur sur son sac papier. "Je préfère un vrai repas, ça évite la malbouffe", explique-t-il. "Avec cette initiative, on mange bien et on fait une bonne action".