Tranches de citron dans les boissons : attention aux pesticides

Elle baigne souvent dans votre verre (soft, bière ou alcool). Elle lui donne un goût rafraîchissant et acidulé. La tranche de citron est un incontournable des cafés et restaurants. On vous la sert d'office. On lui prête toute sorte de vertus. Elle renforcerait l'organisme, soignerait les maux de gorge et faciliterait la digestion. Presque un symbole de santé! Mais, au-delà de cette image, que contient-elle réellement? Peut-on y trouver des traces de produits plus toxiques comme les pesticides?

La production de citron, c'est un business planétaire. Depuis que vous lisez cet article, plus de 10 tonnes de citron ont été produites dans le monde. Sur une année, ça représente 14,3 millions de tonnes. Principalement en Inde, au Mexique et en Argentine. Plus près de chez nous en Europe, c'est l'Espagne qui occupe la tête du classement. Avec une telle production, difficile d'imaginer que les citrons ne soient pas traités d'une manière ou d'une autre. Mais, il faut en avoir le cœur net.

L'expérience est simple: nous avons demandé à plusieurs tenanciers de cafés de nous fournir des tranches de citrons. Elles ont été prélevées dans l'état où elles allaient être servies aux clients. Au total, cinq échantillons sont collectés et déposés chez Primoris, un laboratoire gantois accrédité pour l'analyse des pesticides. La méthode utilisée est la GMS/LMS. Pour faire simple, elle permet (par phase soit gazeuse soit liquide) de passer en revue 500 composés pour quantifier la présence de pesticides dans les citrons. 

Les résultats sont sans appel. Les 5 échantillons sont contaminés. Le Pr. Bruno Shiffers, responsable du laboratoire de phytopharmacie de Gembloux Agro-Bio Tech/ULg, est assez surpris: "Parmi les citrons les plus contaminés, on retrouve parfois 6 à 7 substances différentes. Non seulement des fongicides qui servent à conserver les citrons mais aussi des traces d'insecticides qui sont appliqués directement au verger. Ce n'est pas banal pour la santé du consommateur".

Pas d'inquiétude néanmoins à avoir. Les limites maximales autorisées ne sont pas dépassées. Détaillons un peu les résultats. 

Présence d'insecticides:

  1. Phenylphenol
  2. Chlorpyriphos
  3. Cyperméthrine

Les fongicides sont encore plus nombreux:

  1. Carbendazim
  2. Imazalil
  3. Pyraclostrobine
  4. Pyriméthanil
  5. Thiabendazole

Neurotoxique

Toutes ces substances ont un impact sur notre santé. Reprenons, par exemple, le chlorpyriphos. C'est un neurotoxique. Cet insecticide agit sur le système nerveux en bloquant la transmission des signaux nerveux. Cet effet est passager si la dose qui entre dans le sang n'est pas trop élevée. Mais, il peut donner des nausées, des vertiges, bloquer la respiration jusqu'à la mort en cas de forte concentration (ce qui ne sera pas le cas ici car il était 10 fois moins concentré que la norme admissible).

Cancérigène probable

Par contre, les concentrations d'imazalil sont plus élevées. Les normes européennes fixent un seuil de 5 mg/kg. Dans certains lots, on était à 4,4. C'est à dire très proche de la limite. Aux Etats-Unis, ce fongicide est classé comme "cancérigène probable" par l'Environmental Protection Agency. Par contre, en Europe (selon la base de données AGRITOX), l'imazalil n'est pas considéré comme "génotoxique". On pense qu'il n'a pas de potentiel cancérogène (car il induit des tumeurs au foie chez les rats mais à des doses très élevées et à long terme). L'imazalil agirait aussi sur le système nerveux et sur le foie.

"Il n'y a pas de risque immédiat pour le consommateur à consommer ces citrons car les normes sont respectées. Par contre, ce qui est plus inquiétant, c'est le nombre de substances retrouvées. Ça pose question. Elles vont s'ajouter à toutes les autres traces de pesticides que l'on retrouve dans nos fruits et légumes quotidiennement", précise Bruno Schiffers. Laver les citrons n'y changera rien car ces produits toxiques ont infiltré le zeste. La seule solution qui s'offre aux consommateurs est d'acheter des citrons bios pour éviter ces expositions régulières aux pesticides. Aussi infimes soient les traces.

 

Article original paru sur On n'est pas des Pigeons !