Le "training olfactif", un entraînement pour récupérer l'odorat après une infection par le Covid-19

Certaines personnes infectées par le Covid-19 ont une perte de l'odorat, c'est ce qu'on appelle l'anosmie. Ce symptôme, associé pour 85,9% des cas à une forme bénigne du Covid-19 selon des chercheurs de l'université de Paris-Saclay, apparaît en quelques heures chez le patient.

Le coronavirus infecte la muqueuse olfactive

Lors d'une contamination, "le virus infecte la muqueuse olfactive, qui est située tout au fond du nez, où se trouvent les récepteurs olfactifs", explique Hirac Gurden directeur de recherche en neurosciences au CNRS à Paris.

"A cet endroit, le virus se propage rapidement, peut s'ancrer sur la muqueuse olfactive, déstructurer cette structure et de fait, la capacité de détection des odeurs", détaille le spécialiste. Mais le virus n'est pas accueilli de la même manière par tous les patients. "Plus les cellules de la muqueuse olfactive expriment de protéines ACE2, plus le virus a des chances de s'installer dans cette muqueuse." Il existe donc une variabilité génétique.

Une fois installé, le virus provoque un certain seuil d'infection et de mort cellulaire dans la muqueuse. C'est cette réaction qui entraîne la perte d'odorat.

Le sens du goût est également affecté

Cela peut provoquer un stress quotidien mais aussi des problèmes alimentaires. Car l'odorat joue sur la sensation de goût. Quand on mâche, des molécules odorantes sont libérées dans la bouche.

Ces dernières passent par un orifice situé à l'arrière de la bouche et remontent dans le nez par la voie rétro-olfactive. Quand on est anosmique, notamment à cause du coronavirus, cette voie rétro-olfactive essentielle au goût ne marche plus. 

15% des patients ne retrouvent pas l'odorat rapidement

Le temps de récupération est variable en fonction des personnes infectées. "85% retrouvent, au moins partiellement, l'odorat dans les trois semaines après l'infection. Pour d'autres, le temps peut être plus long", rapporte le professionnel de santé.

Il constate qu'environ 15% des personnes infectées ne récupéreront pas l'odorat à court terme. Il est encore difficile de donner un chiffre exact car "on connaît encore mal les mécanismes d'infection du coronavirus et la mort cellulaire au niveau de la muqueuse olfactive", explique le chercheur.

Un programme pour booster ses sensations olfactives

L'entraînement reste la meilleure des solutions pour augmenter ses chances de retrouver son "nez". Le docteur Hirac Gurden a créé, en relation avec l'association Anosmie.org, en 2019, un protocole pour travailler quotidiennement son odorat.

"Il a été démontré dans les modèles animaux que la stimulation olfactive favorise le mécanisme de neurogenèse dans la muqueuse olfactive", détaille le chercheur.

"Plus on va s'entraîner, plus cette neurogenèse va être puissante et renouveler les cellules mortes."

Ce processus de réapprentissage des odeurs se fait "à l'aveugle et si possible à jeun". Avant de réaliser le protocole de 12 à 16 semaines, un premier test pour savoir si on n'est pas allergique aux huiles essentielles utilisées dans le protocole doit être effectué.

 Lors d'une séance, le protocole recommande de placer le flacon d'huile essentielle à 2 centimètres du nez et de faire un balayage de droite à gauche. Il faut prendre le temps de respirer à différents rythmes et, dans le calme, "laisser venir à soi la perception".

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le nombre de téléchargements de ce protocole de rééducation olfactive est passé de quelques centaines par mois à plusieurs milliers, signe de l'engouement et de l'efficacité du programme.