Hommes et obèses : interrogations sur les victimes plus fréquentes du Covid-19

Hommes et obèses : interrogations sur les victimes plus fréquentes du Covid-19.
Hommes et obèses : interrogations sur les victimes plus fréquentes du Covid-19. - © Mladen Zivkovic - Getty Images/iStockphoto

Dans les services de réanimation à Paris, Londres ou New York, l'interrogation revient sans cesse : pourquoi le Covid-19 semble-t-il cibler autant la population masculine obèse ? Sans beaucoup de réponses pour le moment.

Hommes obèses : la double peine

"Toutes les réanimations en France constatent une proportion très importante de patients en surpoids ou obèses", souligne le Dr Matthieu Schmidt, de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Constat partagé par un collègue chirurgien new-yorkais, le Dr Hani Sbitany du Mount Sinai Health System. "Je suis au service des urgences et c'est remarquable : je dirais que 80% des patients admis sont des hommes", commente-t-il dans le quotidien The New York Times.

A Londres, Pr Derek Hill relève également que "plus d'hommes que de femmes" sont sujets aux formes graves de la maladie et que "les patients en surpoids ou avec des problèmes de santé sont les plus à risque".

Des statistiques britanniques sur les malades du Covid-19 traités en soins intensifs confirment ce phénomène : 73% sont des hommes et 73,4% sont en surpoids ou obèses.

Les femmes mieux armées face aux virus

Pourquoi autant d'hommes parmi les cas graves? "C'est une constatation. Je n'ai pas à ce jour d'explication claire", répond l'expert Jean-François Delfraissy, qui émet toutefois l'hypothèse d'une fréquence accrue des pathologies multiples chez les hommes.

Une piste avancée pour expliquer le plus grand nombre d'hommes gravement malades du Covid-19 dans les hôpitaux : les meilleures défenses naturelles des femmes face aux virus.

C'est une situation "connue" en matière de maladies virales, assure le Pr Pierre Delobel, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Toulouse : "L'immunité innée est meilleure chez les femmes, notamment avant la ménopause".

Obésité et pathologies associées

Pour la surreprésentation des personnes en surcharge pondérale, l'explication la plus immédiate est la fréquence nettement accrue des cas de diabète et d'hypertension parmi les sujets obèses.

Or tension élevée et diabète sucré sont deux facteurs aggravants clairement identifiés aussi bien en Chine qu'en Italie, ainsi que l'âge et, dans une moindre mesure, les maladies cardiovasculaires et cérébrovasculaires.

Cette caractéristique augure mal de l'épidémie aux Etats-Unis, où plus d'un adulte sur trois souffre d'obésité et où le nouveau coronavirus a déjà fait plus de 15.000 morts. "On a une inquiétude pour nos amis américains. Ils vont avoir probablement plus de problèmes à cause de l'obésité", commente le Pr Delfraissy.

Un effet "nicotine"?

Face à la nouvelle maladie, la médecine avance en tâtonnant, faisant parfois des constats qui défient les pronostics. "On a quelque chose de très particulier avec le tabac : on a constaté que l'immense majorité des cas graves ne sont pas des fumeurs, comme si (...) le tabac protégeait contre ce virus, via la nicotine", relève le Pr Delfraissy.

Thibaud Soumagne, médecin réanimateur, confirme avoir observé "peu ou pas de fumeurs" en réanimation dans son hôpital, comme déjà relevé dans la désormais foisonnante littérature médicale sur la pandémie.

Mais les tabacologues tempèrent ce trait, soulignant qu'un fumeur qui développe des symptômes graves est plus à risque, en raison de sa moins bonne santé pulmonaire et cardiovasculaire.