Consommer trop de sucre pourrait favoriser le risque d'Alzheimer

Consommer trop de sucre pourrait favoriser le risque d'Alzheimer
Consommer trop de sucre pourrait favoriser le risque d'Alzheimer - © Andrew Brookes - Getty Images/Image Source

Une étude dirigée par des chercheurs français de l’Inserm et de l’université de Montpellier pointe un lien entre une consommation excessive de produits sucrés et un risque accru d’apparition d’Alzheimer chez les personnes qui présentent des prédispositions génétiques à la maladie.

Pour cette recherche, près de 2800 Français âgés de plus de 65 ans ont été suivis sur une période de 12 ans, afin d’évaluer les facteurs susceptibles d’augmenter les risques de démence. Si les prédispositions génétiques jouent un rôle important dans la survenue d’Alzheimer, les facteurs environnementaux tels que l’alimentation peuvent également être impliqués. C’est précisément cet aspect que les auteurs de cette publication parue dans Alzheimer’s and Dementia ont exploré, en se focalisant sur la consommation de sucre journalière des participants.

De précédentes études réalisées chez l’animal ont montré que l’amidon ou les sucres ajoutés (saccharose, sirops de glucose et de fructose) pouvaient aggraver les symptômes associés à la maladie d’Alzheimer et accélérer l’apparition de plaques d’amyloïdes dans le cerveau, qui caractérise cette pathologie neurodégénérative.

Deux à trois fois plus de risques chez les consommateurs de sucre au goûter

L’équipe de scientifiques qui a réalisé les travaux a sélectionné des patients issus de la cohorte Trois Cités, afin d’analyser leurs prédispositions génétiques, leur consommation de sucres et le risque d’apparition de démence. Au total, 350 cas de démences liés aux habitudes alimentaires et plus particulièrement à l’apport en charge glycémique (capacité de l’aliment à élever la glycémie en fonction de la portion consommée) ont été étudiés.

Chez les participants ne possédant pas de génotype à risque, l’équipe de recherche n’a décelé aucune association entre la survenue de démences et la consommation des sucres au petit-déjeuner, au déjeuner, au goûter et au dîner.

Plus précisément, le génotype à risque correspond à l’allèle E4 du gène APOE, responsable de l’apparition d’Alzheimer. Chez les patients possédant ce gène et habitués à prendre une collation à l’heure du goûter, l’apparition de démence pourrait s’avérer deux à trois fois plus fréquente, pour chaque portion supplémentaire équivalente à la charge glycémique de 30 grammes d’une baguette de pain.

Des pics élevés d’insuline potentiellement en cause

Ce risque a été évalué indépendamment de plusieurs facteurs potentiels de confusion tels que l’apport énergétique quotidien, l’activité physique, la présence de comorbidités ou encore le fait de suivre un régime alimentaire sain.

Reste à savoir pourquoi les risques associés à la consommation de sucre chez ces personnes ne se manifestent qu’au moment spécifique du goûter. Les auteurs de la publication envisagent l’hypothèse de l’insulinorésistance, "pathologie impliquée dans le diabète de type 2 et favorisée par la consommation des sucres", souligne Sylvaine Artero, chercheuse à l’Inserm qui a supervisé l’étude. Les aliments consommés lors du goûter sont souvent pauvres en graisses et en fibres et sont absorbés beaucoup plus rapidement par l’organisme, ce qui déclenche un pic d’insuline dans le sang, suggère l’étude.

"Répétés quotidiennement, ces pics d’insuline pourraient induire à terme une insulinorésistance périphérique mais aussi cérébrale [dans laquelle le cerveau est moins sensible à l’insuline et moins capable d’utiliser le glucose] via le stress oxydatif et l’inflammation, ce qui favoriserait le développement des démences", explique Sylvaine Artero dans un communiqué.

"Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles stratégies de prévention mais doivent être confirmés par d’autres études en population et approfondis par des études expérimentales, afin de mieux comprendre les liens entre la consommation des sucres, l’insulinorésistance et la survenue de démences", conclut la scientifique.