Cancers: les plus pauvres, les moins armés

Cancers: les plus pauvres, les moins armés.
Cancers: les plus pauvres, les moins armés. - © FatCamera - Getty Images

Les personnes les plus pauvres restent les moins armées pour combattre le cancer: elles sont plus nombreuses à devoir faire des avances de frais, à n'avoir pas de couverture santé, à devoir déménager temporairement pour se rapprocher de l'hôpital.

Un parcours compliqué par les difficultés financières

C'est ce que souligne le 8e rapport de l'Observatoire sociétal de la Ligue contre le cancer (France), consacré au vécu des malades lors du "parcours de soins" (suspicion du cancer, annonce du diagnostic, traitements...).

"La paupérisation à laquelle aboutit le cancer est un phénomène qui n'a pas disparu (perte d'emploi, aidant obligé de moins travailler...) et c'est une difficulté supplémentaire pour qui n'a pas un matelas suffisant" pour faire face à ce parcours de plusieurs années, dit le Pr Axel Kahn, président de la Ligue.

Le vécu du parcours de soins est étroitement lié à la situation sociale des patients: ceux qui ont les revenus les plus faibles cumulent les difficultés.

Les personnes les plus pauvres doivent souvent avancer des frais, notamment pour les examens diagnostiques, en attendant la prise en charge. Elles sont aussi davantage contraintes de déménager de façon temporaire pour se rapprocher de l'hôpital. Parmi ceux qui ont moins de 1.500 euros de revenus, 12% ont dû faire des avances de frais. Pour les revenus supérieurs, ils ne sont que 7% dans ce cas. "Les 3 semaines d'hospitalisation, et surtout les 18 euros quotidiens, m'ont mise sur la paille", témoigne une patiente dans ce rapport.

Mieux accompagner l'après cancer

La communication avec les soignants s'avère également moins bonne pour les plus précarisés: 15% n'ont pas eu de réponse satisfaisante à leurs questions au moment de l'annonce contre 8% chez les plus aisés. Les échanges avec les soignants sur l'après cancer sont également moins fréquents (53% contre 66%).

En outre, 31% des participants ayant les plus faibles revenus mensuels ont abandonné certaines démarches administratives fastidieuses, renonçant à certains de leurs droits.

Globalement, sur la prise en charge du cancer, il y a certes eu des progrès ces dernières années (diminution de certains reste à charge, soutien psychologique aux proches et aidants...). Pourtant l'application en pratique du droit à l'oubli qui donne la possibilité d'obtenir un prêt bancaire une fois guéri pèche encore.

Il reste beaucoup à faire, comme "assurer une prise en charge des prothèses dentaires liées au cancer et des perruques en cheveu naturel, ou encore de réviser les critères d'attribution du congé proche aidant indemnisé, pour que les personnes qui aident un malade du cancer puissent y accéder", explique le rapport.