Alcool, tabac, drogue... Tous addicts après le confinement ?

Alcool, tabac, drogue... Tous addicts après le confinement ?
Alcool, tabac, drogue... Tous addicts après le confinement ? - © Nadezda Kovaleva / EyeEm - Getty Images/EyeEm

"Encore un apéro-visio ! Je vais finir alcoolique..." "Au boulot, je peux pas descendre fumer à la moindre contrariété; en télétravail, je te dis pas !" Les témoignages du genre se multiplient sur les réseaux sociaux, rigolards ou angoissés.

Alors, tous "accros" à la fin du confinement ? Pas forcément, mais attention, répondent des spécialistes.

Plus de stress, plus de substances

"Les liens entre les situations de stress traumatique et la consommation sont tout à fait établis. On répond avec les moyens du bord habituels, calmants, alcool, drogues récréatives", explique Philippe Batel, psychiatre et addictologue. En situation de confinement, la plupart des stratégies d'adaptation au stress, comme le sport ou les sorties, n'existent plus.

"Mais il y a de plus en plus de stress. Et la stratégie d'adaptation qui existe toujours, c'est l'utilisation de substances", abonde Elsa Taschini, psychologue.

Le phénomène est donc attendu, même chez les gens ne souffrant pas d'addictions lourdes, et l'OMS l'aborde dans ses recommandations pour "faire face au stress" pendant l'épidémie: "Ne cherchez pas à canaliser vos émotions en fumant, en buvant de l'alcool ou en consommant des produits stupéfiants".

"Est-ce que je peux faire autrement ?"

Pour les fumeurs dépendants à la nicotine, le problème est particulier. Le mieux est de remplacer, mettre des patchs ou utiliser des substituts ou une cigarette électronique. Mais on peut aussi essayer de se dire : "C'est un moment compliqué mais qu'est-ce que je peux faire de bien? Arrêter de fumer...".

"Il faut réussir à gérer cette question de l'envie", souligne aussi Nathalie Latour. "Se demander : 'Est-ce que je peux faire autrement?'. Et pas seulement pour le tabac."

"On voit la multiplication des e-apéros, un besoin de convivialité, de décompression qui s'associe à la consommation d'alcool", poursuit cette spécialiste.

Il faut donc "éviter de tomber dans le systématisme : convivialité = alcool, stress = alcool".

L'occasion d'un bilan

Chacun peut se dire : "Et si finalement, on utilisait cette période pour trouver d'autres modes de décompensation ?". Car sinon, "on a des normes d'usage qui risquent d'augmenter". On recommande également de "faire un bilan" et de s'interroger sur la place qu'occupent pour chacun d'entre nous ces "modérateurs de stress pas comme les autres".

C'est peut-être le bon moment de se tourner vers d'autres activités aux vertus apaisantes possibles en confinement : films, lecture ou animaux de compagnie, sans oublier la sexualité.

Et plus le confinement durera, plus les effets négatifs risquent de se faire sentir, avertit Philippe Batel. "La consommation répond à un 'délai d'attente' : on se dit ça va m'apaiser, me permettre de mettre les choses à distance. Mais au fur et à mesure, il y a de moins en moins d'effet d'apaisement et le bénéfice attendu bascule de l'autre côté, vers le caractère dépressif et anxiogène de la (sur)consommation."

Drogue : de nouveaux modes de consommation

Autres utilisateurs de "substances" concernés, les adeptes de drogues "récréatives". Ils font face à une situation un peu différente car "on se demande comment ils vont s'approvisionner", souligne le docteur Bernard Basset.

Et Nathalie Latour estime qu'on "pourrait voir des gens basculer sur d'autres substances".

Pas certain, pourtant, que l'offre fasse défaut. "Je fume peut-être un peu plus de clopes", explique Thomas (le prénom a été changé), 24 ans, étudiant parisien. "Mais si au début du confinement, il n'y avait presque plus de dealers qui se déplaçaient, ils se sont réorganisés: il faut commander la veille, en plus grosse quantité, mais ils ont repris les tournées."