VIH: les préjugés ont la vie dure

VIH: les préjugés ont la vie dure
VIH: les préjugés ont la vie dure - © burakkarademir - Getty Images/iStockphoto

Malgré les nombreuses campagnes de prévention et de dépistage, le manque d'informations sur le VIH continue d'alimenter les préjugés autour de la maladie.

 

Selon un sondage Ifop-Bilendi auprès de Français âgés de 15 à 24 ans dévoilé fin mars par Sidaction, 79% des jeunes affirment avoir toujours peur du virus du sida et 28% pensent que le VIH peut être transmis en ayant des rapports sexuels protégés avec une personne séropositive.

Florence Thune, directrice générale de Sidaction, nous explique qu'encore aujourd'hui, la stigmatisation et les discriminations à l'encontre des personnes séropositives restent très présentes.

 

Comment se manifestent ces discriminations?

"Les témoignages que nous recevons régulièrement à Sidaction montrent qu'elles s'illustrent dans de nombreux domaines: cela va du refus de soin au sein de la profession médicale à celui des assurances qui ne veulent pas couvrir les emprunts bancaires. Mais ça peut aussi être des remarques déplacées en soirée.

Ce problème est particulièrement présent dans le secteur médical. Certains dentistes refusent encore de soigner des patients séropositifs. Ou alors on vous fait passer en dernier au bloc opératoire, pour ne pas prendre le "risque" de contaminer les autres patients.

Il y a un manque réel d'information au sein de la profession médicale, notamment sur les risques et les modes de transmission du virus. Le sujet devrait a minima être abordé dans les formations médicales, afin de s'adapter à la réalité scientifique d'aujourd'hui. Un étudiant en infirmerie nous a par exemple récemment signalé que la charge virale indétectable n'avait pas été abordée lors de l'un de ses modules de formation consacré au VIH.

Je pense aussi qu'il faut former le personnel des maisons de retraite car il y a un rejet et une mise à l'écart de la part du personnel soignant à l'encontre des personnes porteuses du VIH. Pour l'instant, les témoignages sont assez rares car les patients VIH sont encore jeunes mais dans une dizaine d'années, je pense qu'on en aura beaucoup plus. Donc il faut anticiper.

 

Mais ces discriminations ne s'illustrent pas qu'au sein de la sphère médicale...

Oui. Il y a encore des peurs et des fantasmes très forts qui demeurent autour de la question du VIH. Dans les relations sexuelles notamment. Certaines personnes ont cette attitude très paradoxale qui consiste à ne pas avoir peur du VIH car elles ne se sentent "pas concernées". Donc elles ne se protègent pas. Mais tout à coup elles rencontrent une personne porteuse du virus et commencent à paniquer, elles ont peur que le VIH leur "saute dessus". Alors que si la personne est traitée, il n'y a pas de risque qu'elle transmette le virus. On trouve des comportements tout à fait irrationnels qui rappellent les années 80-90, époque où l'on a découvert le virus.

 

Quel(s) comportement(s) adopter face à ces discriminations?

Il faut renforcer la formation, ainsi que l'information et je pense que cela doit aussi venir des personnes concernées par le VIH, même si cela demande du courage. On en vient parfois à mentir pour éviter de s'exposer à des réflexions stigmatisantes quand on se rend chez le dentiste pour un simple détartrage. On le fait car on sait qu'on n'a aucun risque de contaminer qui que ce soit. Mais cela revient à cacher qui on est, à avoir honte, ce qui n'est pas normal. Encore moins dans un contexte médical.

 

La discrimination passe aussi par le vocabulaire. Quels sont les éléments de langage à proscrire quand on parle de VIH?

Il y a la fameuse phrase: "Je suis clean", qui sous-entend qu'avoir le VIH est sale. On la voit beaucoup sur les sites de rencontres, notamment les sites gays. Je trouve que c'est d'une violence inouïe.

Le mot "sida" est également souvent utilisé comme une insulte. Un peu comme si on disait: "T'as le sida, c'est pire que tout". Cela est très révélateur de la connotation qu'on est en en train de lui donner, alors qu'il s'agit à la base d'un terme médical pour désigner un stade avancé de la maladie.

 

Quels sont les leviers d'action pour lever le tabou sur le VIH et mettre fin aux discriminations?

Témoigner le plus possible. Pour moi, c'est la solution la plus efficace pour faire taire toutes ces peurs et ces fantasmes qui persistent et apporter une sorte de "normalité". Je pense que plus on sera nombreux et nombreuses à parler de notre séropositivité, plus on fera comprendre qu'on peut avoir le VIH, mais aussi des relations amoureuses, sexuelles et un travail. Mais je sais que c'est difficile de s'exposer et de parler publiquement de sa maladie. A Sidaction, on voit que cela reste très compliqué pour beaucoup de personnes."