Procrastination : et si cela vous rendait plus créatif ?

Procrastination : et si on arrêtait de culpabiliser ?
Procrastination : et si on arrêtait de culpabiliser ? - © Jakob Helbig - Getty Images

"Demain... je ferai ça demain". Une phrase que tous les procrastinateurs sont habitués à prononcer. Si vous vous reconnaissez dans cette description, pas de panique. Car les personnes qui remettent constamment les choses au lendemain débordent souvent de créativité. C'est la théorie de Fleur Daugey, autrice du livre "Procrastiner pour mieux créer".

Déjà plus de deux semaines que vous vous êtes fait la promesse de repeindre votre escalier, d'écrire le discours de témoin pour le mariage de votre meilleure amie ou de rédiger l'incipit de votre premier roman....

Quelle que soit l'ampleur du projet, c'est plus fort que vous : vous remettez presque systématiquement la tâche au lendemain. Le problème, c'est qu'en agissant ainsi, vous ne pouvez pas vous empêcher de culpabiliser


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À tous les procrastinatrices et procrastinateurs notoires (et on sait qu'il y en a beaucoup), nous conseillons d'ouvrir un livre. Celui de Fleur Daugey, intitulé "Procrastiner pour mieux créer", paru aux Éditions Actes Sud en avril dernier. 

Dans cet ouvrage, cette journaliste formée en psychologie nous propose de contempler la manie de tout remettre au lendemain sous un angle inédit. Procrastiner serait en fait une manière pour notre cerveau de mieux intégrer les informations, d'accroître notre productivité et surtout notre créativité. Petit argument supplémentaire pour vous convaincre : les grands génies comme Albert Einstein et Léonard de Vinci étaient, eux aussi, des champions de la procrastination.

Entretien avec Fleur Daugey, qui nous explique tout.

 

Quelles sont les idées reçues autour de la procrastination ?

On en parle beaucoup comme d'un défaut, d'une émotion négative. Beaucoup d'ouvrages consacrés au sujet  expliquent d'ailleurs comment lutter contre la procrastination. Pour ma part, j'ai préféré montrer qu'elle pouvait aussi être associée à des émotions positives


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Une autre idée reçue très forte autour de la procrastination consiste à l'assimiler à de la paresse ou encore à une mauvaise organisation. Moi-même, j'ai conscience du temps qui passe, je m'organise en faisant des to-do list. Et cela ne m'empêche pas de procrastiner, tout en étant productive ! En réalité, le fait de remettre au lendemain résulte davantage d'une appréhension de mal faire les choses que d'un penchant pour l'oisiveté. Car tant qu'on ne s'est pas lancé, on reste à l'abri de l'échec.

 

Pourquoi est-il nécessaire d'avoir conscience de ces préjugés pour déculpabiliser à l'idée de procrastiner ?

Moins on en fait, plus on culpabilise et plus on a peur de se lancer. Je pense que s'accepter aide à se débarrasser de la culpabilité et à sortir de ce cercle vicieux. Et donc à "s'y mettre". Essayer de s'affranchir de l'injonction sociétale de toujours "produire plus" en acceptant de faire moins mais mieux, peut aussi aider.

Il me semble également essentiel de trouver quelles sont nos sources d'inspiration. À titre personnel, j'ai par exemple besoin d'octroyer un sas de décompression à mon cerveau car au bout de deux heures d'écriture, je me sens lessivée.


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Dans ces moments-là, je n'hésite pas à m'accorder une pause : je regarde une série, je vais me balader... J'ai la chance d'exercer un métier qui me permet de le faire. Mais j'ai surtout appris à le faire sans culpabiliser car j'ai réalisé qu'au bout du compte, je suis plus créative en appliquant cette méthode.

 

En quoi la procrastination peut-elle nous permettre de mieux créer ?

S'octroyer régulièrement des moments de détente nous permet de respirer, de rêver, de nous reposer. N'oublions pas que nous sommes des humains, pas des machines. Ces pauses sont très précieuses pour booster notre créativité. Parce que même quand nous ne faisons "rien", notre subconscient, lui, continue de travailler. Léonard de Vinci était d'ailleurs un grand procrastinateur et cela ne l'a pas empêché de réaliser des chefs-d'œuvre !

 

Comment s'autoriser à procrastiner tout en s'assurant de ne pas se pénaliser, par exemple en dépassant une date butoir ?

Quand je me lance dans l'écriture d'un texte que je pourrais théoriquement réaliser en deux semaines, je décide de me donner un mois car je sais qu'il y a des jours où je me sentirai moins inspirée, où je n'aurai pas envie d'écrire. Le fait d'intégrer cette procrastination à mon planning me permet non seulement de l'accepter mais aussi de travailler plus sereinement.

 

Vous alertez toutefois sur la nécessité de trouver "un temps de procrastination idéal"...

Une recherche réalisée par le célèbre psychologue américain Adam Grant et l'une de ses étudiantes a démontré que lorsque l'on commence à travailler trop tôt sur un projet, ce sont souvent les idées les plus banales qui ressortent. On observe par exemple fréquemment ce phénomène au travail, lors des séances de "brainstorming".

À l'inverse, si on s'y met trop tard, on aura moins de temps pour réfléchir sereinement car on va travailler dans la panique.

Il est donc pertinent de trouver un laps de temps suffisamment long pour laisser le cerveau cogiter mais pas trop pour pouvoir tenir les délais.

Bien sûr, ce "temps idéal" va dépendre de la personnalité de chacune et chacun, ainsi que de l'ampleur du projet. Certains trouvent l'inspiration en travaillant à la toute dernière minute ! Je pense que l'un des meilleurs moyens pour le trouver est tout simplement de s'écouter et d'apprendre à mieux se connaître.

 

Que conseilleriez-vous à quelqu'un qui se perçoit comme un procrastinateur "incurable" ?

Tout d'abord de se montrer bienveillant vis-à-vis de lui-même, notamment en se demandant si sa procrastination l'empêche vraiment d'aller au bout de ce qu'il a commencé.

Je pense ensuite qu'il est important d'identifier les raisons pour lesquelles on n'arrive pas à démarrer un projet, surtout quand il nous tient à cœur.

Ces causes peuvent être multiples et il ne faut pas hésiter à se faire accompagner par une personne extérieure, un coach par exemple, en cas de réel blocage. Une fois qu'on a identifié ces raisons, on peut se lancer ou à l'inverse laisser tomber, notamment si on réalise que l'on a placé la barre trop haut.