Pourquoi le déconfinement représente-t-il une source d'angoisse ? Entretien avec un psychothérapeute

Pourquoi le déconfinement représente-t-il une source d'angoisse ? Entretien avec un psychothérapeute.
Pourquoi le déconfinement représente-t-il une source d'angoisse ? Entretien avec un psychothérapeute. - © Igor Ustynskyy - Getty Images

Peur de tomber malade, injonctions paradoxales, phobie sociale... Le déconfinement est loin de rimer avec soulagement.

Certains l'attendaient avec impatience, d'autres le redoutaient. Le déconfinement ne fait pas que des heureux. Il représente même une source d'angoisse pour certaines et certains, notamment lorsque cela implique de quitter son domicile pour reprendre le chemin du travail.

Cette anxiété porte même un nom : le syndrome de la cabane ou syndrome de l'escargot, qui symbolise la peur de sortir à nouveau après une longue période assigné à domicile. Qu'est-ce qui, en dehors de la peur évidente de contracter le virus, suscite autant d'appréhension ? Le psychothérapeute Pierre Nantas nous aide à y voir plus clair.

 

On aurait pu s'attendre à des élans de joie à l'idée de pouvoir à nouveau sortir de chez soi et de revoir ses proches. C'est pourtant loin d'être le cas...

Pierre Nantas : Assurément. Mais il n'y a rien de très étonnant dans tout cela. Tout d'abord, on observe une peur grandissante du contact, surtout chez les personnes timides ou introverties, que le confinement a sans doute amplifiée. La situation actuelle ressemble fortement à un état de stress post-traumatique. 

D'autant plus que cette sortie de confinement s'opère dans un contexte assez particulier : nous pouvons sortir à nouveau, certes, mais avec les restaurants, les bars et les cinémas fermés. Il y a donc l'angoisse de prendre les transports en commun, de retourner au travail, mais sans profiter des distractions habituelles. On renoue avec le monde extérieur, mais davantage pour travailler que pour s'amuser.

Sans compter que nous sommes guidés par des injonctions assez paradoxales : on a le droit de sortir mais en respectant une certaine distance, on peut se retrouver entre proches mais on doit faire attention à ne pas se toucher... Dans nos cultures occidentales, nous fonctionnons beaucoup au contact physique : on se tape sur l'épaule, on se fait la bise, on serre la main. Le fait que tout cela soit interdit déboussole fortement les personnes.

 

Le port du masque amplifie-t-il ce contexte anxiogène ?

Oui car il donne l'impression d'avoir un bâillon, aussi bien psychologique que physique. Même s'il s'avère indispensable, le masque altère la communication verbale : on ne peut plus voir le sourire de notre interlocuteur, on ne peut plus s'embrasser... Chez les tout-petits, ne pas voir le visage de ses parents entièrement peut par exemple générer une source d'angoisse.

 

Le premier jour du déconfinement, les images de nombreux riverains assis au bord des quais pour profiter du soleil ont déclenché de vives réactions. Comment expliquer cette scission entre ceux qui semblent vouloir retrouver une "vie normale" et ceux qui redoutent de sortir ?

Je pense que c'est un vrai débat, en effet. La situation est inédite mais elle atteint aussi notre liberté. Puisque grosso modo, on explique aux gens qu'ils ne sont pas obligés de porter un masque, mais à leurs risques et périls et ceux des autres. On ne veut pas nous contraindre mais on nous fait comprendre, dans le même temps, que nos propres choix peuvent avoir des conséquences sur la santé collective.

La peur de la survenue d'une seconde vague continuera sans doute d'inquiéter, au moins jusqu'à la mi-juin. On peut supposer qu'elle va disparaître petit à petit, probablement avec la réouverture des bars et des lieux culturels.