Pourquoi aimons-nous tant observer la vie des autres ?

La curiosité, c’est le propre de l’homme. Nul besoin de se ronger de culpabilité même si plus que jamais nous nous adonnons à ce petit travers naturel. En période de pandémie, cette ordinaire curiosité pourrait être d’une tout autre tonalité.

Notre curiosité n’a jamais été aussi affûtée, la vie des autres attire plus que jamais notre regard mais, à toutes fins utiles.

Pourquoi cette plus forte propension à observer la vie des autres ?

La curiosité a permis la mise en lumière de belles actions

La curiosité est une habitude toute naturelle, nous nous imprégnons de bon nombre d’informations, nous observons les comportements des uns, des autres… Nous nous en enrichissons et construisons notre propre histoire, notre identité à partir de nos échanges avec les autres et avec la vie, comme l’explique, dans l’article de la BBC, Anne Chappell, maître de conférences à l’Université Brunel de Londres.


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Elle nous explique également comment le Covid, l’isolement et le confinement auraient alimenté plus que jamais notre intérêt pour la vie des autres. Un intérêt accru qui a alors permis à des initiatives qui seraient restées dans l’ombre de pouvoir être mise en avant. Elle rappelle ces nombreux récits qui mettaient alors en lumière les actions de gens ordinaires en ces temps extraordinaires.

L’histoire de Tom Moore, cet ancien capitaine de l’armée qui à l’âge de 99 ans a parcouru 100 tours de son jardin pour récolter des fonds pour le NHS et qui en est une parfaite illustration. La contribution personnelle de cet homme fut portée à l’échelle publique alors que, dans un autre contexte, les gens ne s’y seraient probablement pas intéressés.

La curiosité nous aide en tant qu’espèce

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Plus que jamais pendant cette période, nous scrutions la vie du personnel soignant, nous nous pendions aux lèvres des politiciens et des journalistes qui annonçaient les mesures en vigueur… Nous étions accrochés à nos smartphones, n’ayant rien de bien mieux à faire que traîner sur internet, Ofcom épinglait d’ailleurs en juin dernier que, dans ce contexte de pandémie, "les adultes consacreraient un quart de leur journée sur Internet".

Mais nous ne restons pas que sur nos téléphones pour observer ce qui se passe autour de nous, nombreux sont ceux qui ont regardé chez le voisin ou la voisine à l’affût de tout signe de conformité ou d’opposition face aux règles en vigueur, au port du masque, au respect du couvre-feu

Et pourtant, parfois, la curiosité peut être positive et même nous aider en tant qu’espèce puisque, comme l’explique la BBC, elle aide à l’adaptation. En effet, notre curiosité n’a pas la teneur illicite qu’on pourrait lui attribuer et n’est pas une "fascination morbide", comme l’explique Anne Chappell mais ce serait davantage un acte pour donner du sens au monde qui nous entoure.

Observer les autres nous aide à traiter chaque tournant de la pandémie

Donner du sens à ce nouveau monde étrange

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Ces incrustations dans la vie des autres nous apportent une compréhension commune de la société. Notre curiosité est plus accrue depuis la crise sanitaire parce que nous nous sommes trouvés davantage isolés dans nos bulles, comme l’explique Sabrina Romanoff, psychologue clinicienne à l’hôpital Lenox Hill de New York. On sort ainsi de nos murs en scrutant la vie des autres de façon virtuelle. Au même titre que les actualités, c’est Monsieur et Madame tout le monde qui a fait l’objet de notre attention.

La finalité : nous aider à appréhender et à mieux gérer l’impact de la pandémie. Nous avons scruté le monde afin de mieux comprendre les règles d’acceptabilité pendant la pandémie, pour déterminer le nouveau "code social". Laura Tarbox écrit sur notre intérêt aiguisé pour la vie des autres :

Les médias sociaux sont devenus plus que jamais l’endroit où nous captons les signaux et apprenons les règles.

Observer la vie des autres, dans une mesure raisonnée pour ne pas tomber dans l’anxiété extrême, est un processus qui contribue à donner un sens à notre nouveau monde étrange, comme le conclu Anne Chappell.